Zoom sur Sept dans Groove N°72 (Juin 2003)
“Magic number”
Sans avoir écouté Maximum Boycott, il y a peu de chances que vous connaissiez Sept, rappeur au parcours atypique, à la voix caverneuse et à la plume transcendante. Mais Sept est clément et vous permet de combler cette lacune avec “Amnésie”, un premier album fort prometteur.
Seulement deux maxis, et déjà un album ? Attention, Sept, proche de D’Oz ou de Hustla, ne sort pas de nulle part. Ce parisien rappe depuis près de 10 ans. Autre époque, autre mentalité. Quand les petits jeunes qui rappent depuis deux mois se lancent dans un projet de disque, histoire d’empocher la monnaie, Sept fait partie de cette génération de passionnés qui a tardé à envisager le rap comme un métier: “A l’époque où j’ai commencé, au début des 90’s, tu ne rappais pas pour sortir des disques, mais pour le plaisir. Et c’est ce que j’ai continué à faire, puisque je ne sors mon premier disque que maintenant. Mais je ne me vends pas bien, je ne vais pas vers tout le monde parler de mon truc. Je suis quelqu’un de discret en général. Ça prend plus de temps avec cette attitude là.
Et tant mieux peut-être…”
Tant mieux surement. “Amnésie” est l’oeuvre d’un homme mur. Dans son écriture, Sept a du style: complexe, torturé, parfois pas facile d’accès, mais toujours réjouissant. Ce qui l’intéresse, “c’est de faire cohabiter du vocabulaire de Français soutenu avec du vocabulaire d’argot.” Mais ce maniement agile des mots n’est pas que simple figure de style. Dans ses textes, les idées s’entrechoquent, forçant l’auditeur à l’écoute et à la réflexion.
Alors Sept, rappeur militant ? “Etre militant, c’est avoir un engagement politique. J’ai ce coté dans les opinions et les sujets choisis, mais je ne suis pas un vrai militant. Je me contente de faire du rap. Ce qui me dérange quand on regarde les clips, c’est qu’on a l’impression que les idées qu’on véhicule sont les même que celles des gens qu’on aime pas, ceux pour qui les seules choses qui comptent sont faire du pognon, se taper des meufs parce qu’on a du fric et fermer la gueule aux autres par la force. C’est quoi ces idées-là ? C’est des idées de merde. C’est vraiment dommage”.
Par Anaïs Carayon









