Chronique de 1977 sur The Fake Magazine
A force d’entendre que le rap français vit encore tout en ne voyant rien venir, on finit par se demander si l’on ne parle pas d’un mort vivant. Heureusent, épisodiquement, un nouveau venu sort des MJC pour grimper sur la scène nationale et apporter un peu de fraîcheur. Cette fois la nouvelle donne nous vient de Montreuil sous le pseudo de Soklak.
1977, son premier album, est l’aboutissement de près de 10 ans d’activisme au service du rap. Une décennie où, visiblement il a pris son temps, sans le perdre, pour travailler son phrasé et placer de façon juste sa gouaille parisienne. A l’heure de rendre la première copie, on apprécie les efforts. Car c’est bien par ses textes que Soklak crée la différence. Rimes inspirées, prise de distance avec le rap bling bling, ce nouveau venu à d’autres valeurs à faire valoir que le simple numéro de son département de naissance.
Certes, les thèmes abordés (le chomdu, les pétards, l’incompétence des décideurs…) ne relèvent pas toujours de la même originalité que le contenu des textes. Il suffit cependant de quelques phrases Pagnolesque pour raviver l’attention de l’auditeur. Jugez plutôt au travers de ces quelques lignes de «Pas de place» où Soklak déblatère sur l’accès au marché de l’emploi : «Aujourd’hui je colle au sol, pas de CV colossal/ Les employeurs t’ignorent et te proposent des boulots sales/ Car je fus ce cancre faisant le pitre sur l’estrade/ Qui n’est pas rentré dans les stats de réussite au bac/ J’connais pas Isiah Thomas j’ai toujours pas de piston/ Aux entretiens d’embauche j’appelle le patron fiston.»
L’opus démarre sur cette tonalité de réelle inspiration, et les cinq premières pistes nous donnent envie d’en entendre plus. Mention spéciale au passage au très percutant «Politricard» sur un instru mirifique du dénommé soul children. Mais là ou le bât blesse, c’est qu’après un très bon décollage , l’album perd vite de l’altitude et traverse de sévères zones de turbulences (Instable équilibre, Sonore Cyanure, spécial casdédi aux fumeurs de pétards).
Fort heureusement, le crash est évité et la barre redressée sur les dernières pistes (Apatride, Outro from Zeltron) . Soklak arrive même à faire vibrer la corde sentimentale (After L, sur le thème de la rupture) sur un très bel instru de sa composition. Au final, 1977, se révèle être une agréable surprise et met en surbrillance le talent évident d’un artiste qui gagne à être connu. En attendant la suite…
Par François Guinle, Juin 2005. Lien: The Fake Magazine









