Chronique d’“Amnésie” sur 90bpm.com
La voix grave, l’agitateur de méninges provoquera à coup sûr liesse et euphorie chez les adeptes du mot juste et de la démonstration de force en matière de rimes léonines. Son impétueuse capacité à allonger les rimes n’est cependant jamais réduite à un pur exercice de style et l’écriture, tout comme les beats le plus souvent minimalistes et discrétement triturées (à l’exception du gigantesque “Amnésie” au son coup de massu), est sans cesse au service d’un propos lourd de sens, dénonciateur cynique (’Amnésie”, “Necropole”) refusant la médiocrité, les capitulations et ses compromissions tout en évitant les poncifs moralisateurs, autant de couplets-pamphlets, de coups de boutoirs à l’encontre de nos travers et de nos oublis. Le verbe se fait également parodique, vicelard et provocateur (”trois crevards”, “Ego sans trique”), sans oublier un fond de blague potache et d’humeur chahuteuse (écoutez les dédicaces, lisez les noms des groupuscules de la galaxie Olympe Mountain et pour compléter le tout, jetez une oreille sur l’interlude “Fucking provinces” de Sept sur la compilation Kuality Records).
On reste pantois devant un tel art de (re)concilier la langue française et le rap, dont le champ lexical est trop souvent réduit à une peau de chagrin. Et cela sans jamais tomber dans l’abstrait pompeux et méprisant. Sept est un bavard et ses rimes n’en finissent pas. Les citations que l’on peut faire de ses couplets non plus. Morceaux choisis:
” J? compte mes certitudes sur les doigts de la main J? me rends compte que dans un désert titubent mes choix d? gamin qu?un jet d? encre atténue l? mal quand les vrais cancres relatent les rues sales…” (hiphop)
“L?échec tue trop effectuent des travaux d? rue ou d? fabrication Classification absolue suivant la peau plus qu? les qualifications Nation d? faux-culs c?est pas une révélation t?as trop vu d?exactions dis toi qu? tes pas au-dessus d? la mystification Ta vocation faire appliquer la consigne consolation d?un salaire à s? piquer qui tient en onze lignes Ya la manière les usages peu en resteront dignes…” (Nécropole)
“T?as l? tort d?être seul maître à bord dans tes vidéos mais t?es d?abord le seul à mettre à mort tes idéaux Prédicateur t?aromatises ta grande bouche de vocalises si épicées qu? tes glandes s? couchent Tes crédits d?acteur traumatisent les bandes vissées au banc d? touche çà fait des piges que tu t?intronises que tu t?ériges que tu quantises le son pour le prestige mais ta civilisation laissera jamais aucun vestige…” (Amnésie).
Pour cet album entièrement enregistré à Bordeaux, les invités sont ses compagnons de route croisés sur d’autres projets (la mix-tape Virus notamment) comme les bordelais de Kroniker D’Oz, Uzer, Bilen et El Ness ou encore Hustla (Grems et Le Jouage). Des noms moins connus comme Iraka 20 001 retiennent l’attention, tout comme le timbre loufoque de Raptaman. Soklak et sa gouaille montreuilloisse fait une apparition sur une interlude cachée et le jeune prodige Rodd se fraye un couplet sur le morceau Olympe Mountain. On regrettera que ces deux mc’s qui forment avec Sept le trio Soul Brozers ne soient pas plus présents tout comme le fonky clapeur Booba Boobsa. Petit bémol avec Kilab que l’on préfère nettement en producteur (réecoutez également “L’issue ultime” sur Maximum Boycott) qu’en rappeur. Même si quelques sons piochent allégrement dans le Portishead (”Nécropole” produit par Jey), les mélodies fragiles et sombres, les samples aux découpages torturés (on osera sortir du placard le terme poussièreux de “Trip hop”) arrivent à se faire une belle place malgré la voix d’ogre du Sept. Mention spéciale à “Introdiction” de Kilab, la “Logique du chrono” produit par Jey ou encore “Dans un désert” du parisien Siryu.
Si l’on est confiant quant à la large palette de thématiques que Sept peut aborder, le challenge lors de ses prochains projets se situera certainement dans sa capacité à moduler son flow, peut être le seul obstacle à l’adhésion du plus grand nombre d’auditeurs. Un mot enfin sur la pochette iconoclaste, montage photo / dessin réalisé par Grems (auteur également du tag Sept et qui fait parti du crew de graffeurs TT et du collectif La Plakett) mise en image audacieuse du titre Amnésie.
Avec cet album, première pierre d’un édifice discographique qu’on lui souhaite imposant, le Sept rentre avec fracas dans la cour des grands.
Par Qratch Machine, le 22.06.03. Lien: 90bpm.com









