Chronique de “Son d’automne” sur Maxoe.com

17 décembre 2005

Le “Son d’automne” de Dreyf est une autoproduction d’Utopie Musiq, qui regroupe sept titres où il nous fait partager sa vision du monde. Pour un premier coups d’essai, on peut dire que c’est un coup de maître. Les textes de ce jeune artiste de 20 ans sont bien ficelés et accompagnés de musiques de qualité. Bref, cela s’annonce plutôt bien pour ce “petit juif errant” !

Avant de traiter plus en profondeur du contenu artistique de ce “Son d’automne“, je tiens à saluer la qualité de l’artwork qui orne la pochette du disque. Les couleurs sont bien trouvées et correspondent parfaitement à l’ambiance automnale et sombre de l’EP. Touchons aussi quelques mots à l’artiste qui s’est inspiré, pour son pseudo, du célèbre capitaine Alfred Dreyfus. Pour rappel historique, l’Affaire Dreyfus a déchiré l’opinion publique française à la fin du XIXème siècle. Dreyfus, injustement condamné pour trahison a payé d’un lourd tribut sa foi pour la religion juive en passant plusieurs mois en prison. Fort heureusement, l’intervention d’Emile Zola au travers d’une lettre “J’accuse” adressée au Président de la République Française et publiée dans l’Aurore, un grand journal de l’époque, a permis à Alfred Dreyfus d’être réhabilité.

Revenons-en à Dreyf, ce “petit juif errant” de vingt ans qui vit à Paris et à son premier disque Son d’automne. Dans la chanson du même nom, l’artiste nous livre un peu de sa personnalité, de sa vie, de son passé. Il nous parle de son géniteur au travers “des gens qui se crèveront jusqu’à la mort comme mon père, celui que je n’ai pas assez connu”. Dreyf nous montre aussi son engouement pour la musique et le rap :

J’ai traversé les saisons, inversé les raisons pour lesquelles je fais ce son qu’à commencé par une passion, qu’à fini comme une raison d’être.

J’ai découvert cet artiste en écoutant le sampler du 89ème numéro de Groove, le célèbre magazine français de la culture Hip Hop. J’y ai trouvé dans son titre “Des ménages” une richesse inestimable dans la recherche des sonorités et des rythmes. Tout en privilégiant la forme, le fond n’est pas en reste et le sens des textes restent forts. “Des ménages” est un témoignage bouleversant d’un artiste qui n’a connu que “peu de chaumières heureuses, [où] souvent les pères chaument et les mères tout le temps se creusent”. Cette vision sombre de la vie et du quotidien n’est pas pour autant “du rap de pleurnichard, mais de gars aigri”.

L’oeuvre de Dreyf ne s’arrête pas à ce titre d’exception. On ne peut pas passer à côté de l’excellent “Sous le chemin de l’école“, où Dreyf partage le micro avec Viny. Sur la mélodie d’une guitare sèche, ils retracent “la vie d’un jeune peu téméraire”, “constamment jugé d’élève irrégulier”. A la fin de la chanson, Viny nous avoue avec une ironie dérisoire que “cette belle vie est la [sienne]…” Dreyf nous offre une vision de l’amour et des relations entre homme et femme particulièrement noire à travers les textes du titre “Lacérations“. Ensuite, il nous parle “Des gens“, où il y a invité Nga Fsh, un rappeur américain du groupe Californien Project Blowed. Le titre qui clôture le “Son d’automne” de Dreyf n’est autre que “Quand je m’évade” où il nous livre ses moments d’ivresse sur une musique imprégnée d’une voix mélodique.

On a aimé :
La pochette, les textes et le choix des instrus.

On a moins aimé :
Le flow manque parfois de justesse.

En conclusion : Dreyf nous le confie dans ses textes : “on m’a dit si t’es dépassé [par la vie, les événements, etc...], dans ce cas écris”. J’ai presque envie d’écrire qu’heureusement que les malheurs de sa vie lui ont contraint à s’exprimer dans le rap, tant le résultat est convainquant. Dommage qu’il n’y ait que sept titres, car on en redemande encore !

Par Vincent L.R.. Lien: MaXoe

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