Itw de Soklak sur Musiqualité.net
“Quand je rappe, je me sens vraiment vivre”
Vous ne le connaissez peut-être pas encore, mais avec son premier album 1977 et tout l’esprit novateur et railleur de ce MC de l’underground parisien, vous allez bientôt être atteint du virus Soklak.
Bonjour Soklak. Alors quel est ton parcours dans le rap ?
Alors moi j’ai commencé par le tag en 1993, j’ai posé les premiers à Montreuil à cette époque là. A partir de là j’ai fait pas mal de rencontres de gens qui étaient dans le hip hop, que ce soit dans la musique, le graphisme, le tag… Et c’est là que j’ai rencontré DJ Neasso. C’est aussi un mec de Montreuil mais je ne le connaissais pas. Je l’ai connu parce qu’on était dans la même école de dessin, et la connexion s’est faite comme ça. Je me suis retrouvé chez lui, et il avait plein de face B, d’instrumentales… Et pour rigoler j’ai écris mon premier texte, j’en ai écris deux, trois, après il y a eu un plan mix-tape, deux plans mix-tape, des plans concerts… Et donc, finalement, je me suis pris au jeu et j’ai continué comme ça. Enfin, à la base, c’était surtout un délire, le plaisir d’écrire, c’était juste le kif, et c’est devenu un peu plus sérieux ces dernières années. Et j’ai commencé en 1997 à peu près.
Dans ta musique, j’ai retrouvé un peu l’esprit abstract et novateur de toute la clique de Bordeaux et Paris comme Grems, le Sept, Iris… Comment est-ce que tu définirais un peu tout ce mouvement là qui est en marge du hip hop traditionnel ?
En fait tout ça peut être qualifié de “spé”, mais ça dépend comment tu le vois. Par exemple des gars de Bordeaux, il y en a qui posent sur de la house… Mais il y a aussi être “spé” dans les lyrics… Parce que c’est vrai que tout le reste du paysage hip hop du moment est très conventionnel, très formaté. Soit ça fait du bling bling, soi ça fait du rap “hype”…
Alors pourquoi Soklak ? Ca vient du tag / graffiti ?
Oui ça vient du graffiti à la base, et puis ça a une consonance polack (mon père est polonais). Et j’aime bien le fait que ça ne veuille rien dire. 1977 c’est mon année de naissance. C’est un pur cru de soul. Et puis c’est aussi un parler, j’emploi un argot un peu à l’ancienne façon titi parigo… »
Avant l’album 1977, tu as sorti une mix-tape en téléchargement libre sur 90bpm.com. J’ai l’impression que c’est quelque chose qui se démocratise de plus en plus, alors pourquoi tu as fait ça ? Pour te faire connaître un peu mieux ?
Oui c’est pour se faire connaître. Je me suis dis que c’était bien beau de sortir un album comme ça en étant inconnu au bataillon, mais il faut quand même que les gens sachent que t’as fait quelques trucs avant… Sur la mix-tape, il y a des échantillons de textes que j’ai fait avant, il y a quelques petits couplets que j’ai fait sur l’album aussi. C’est pour donner un aperçu de mon taf, sans que les gens aient à payer. Je trouve ça important de les sensibiliser à un truc “cadeau”. C’est un échange de bons procédés.
Alors comment est venu le projet de l’album 1977 ?
1977 c’est mon année de naissance. C’est un pur cru de Soul, quand t’écoutes l’album, très acoustique, donc c’est le lien avec les sons qu’il y a dessus. Et puis c’est aussi un parler, j’emploi un argot un peu à l’ancienne façon “titi parigo”…
On ressent vraiment à certains moments sur l’album que tu pousses de véritables coups de gueule, comme sur la télé quand tu parles des “usines à cauchemars cathodiques”. Ce qui m’a intrigué c’est ce mélange de langage soutenu et d’argot, une bonne construction des textes, comment se passe l’écriture ?
En fait, j’ai plusieurs manières d’écrire. Tout les jours, je note des petites phrases sur des bouts de papier, et je me retrouve avec plein de bouts de choses. Après tu trouves tout de suite un thème avec les choses que tu dis. Sinon j’écris aussi selon la musique, quand il y a une atmosphère vraiment particulière sur l’instru, et c’est ça qui peut influencer l’écriture.
L’album est quand même assez lourd de sens… Pour toi c’est un atout ou un inconvénient ?
Ca sort comme ça et j’ai envie de faire des trucs un peu percutants, j’ai pas envie de faire des choses qui ont déjà été faites, je ne vois pas l’intérêt. Moi, je travaille à avoir mon vocabulaire, ça reste naturel et j’ai envie de mettre des grosses claques à l’auditeur ! Il faut que ce soit percutant et je suis super dûr avec moi quand j’écris un texte. Tu vois, quand tu écoutes un texte, tu peux te dire qu’il y a le triple d’écris donc ça fait un concentré d’idées, c’est dense.
J’ai grandi dans une culture rap donc forcément la première manière de m’exprimer dans le son ça a été ça. Parce que c’est facile, tu as une instru, tu prends un stylo et c’est parti. Après grâce au rap j’ai pu m’intéresser à plein d’autre musiques. »
C’est quoi ta définition du rap ?
Moi je considère ça comme de la musique avant de faire la classification “rap”. J’ai grandi dans une culture rap donc forcément la première manière de m’exprimer dans le son, ça a été ça. Parce que c’est facile, tu as une instru, tu prends un stylo et c’est parti. Après, grâce au rap j’ai pu m’intéresser à plein d’autres musiques comme la soul, à tous les originaux des samples… C’est vaste. Je ne cherche pas forcément à être “rap”, je veux juste faire mon son, et les textes sont pris comme ils sont pris. Quand je rappe je suis libre, et je me sens vraiment vivre avant toute chose. Après je peux très bien poser avec des musiciens, un texte beaucoup plus parler comme j’ai fait sur le compilation Soul’sodium qui fait plus référence à des crooners qu’à du rap. Du moment que l’émotion est là et que les gens ressentent quelque chose…
Comment a été accueilli l’album ?
Le problème de l’album, c’est la logistique on va dire. De nos jours, c’est dûr en indépendant de faire une sortie vraiment propre. Jusque là j’ai quand même eu de bons retours sur l’album, au niveau des ventes je n’ai pas encore de chiffres précis mais ça a l’air de se tenir. Je pense que les choses vont aller petit à petit parce que pour ce genre de projets, on n’a pas des mille et des cent à mettre sur la promo et donc ça se fait par le bouche à oreille.
Je voudrais revenir sur une musique que j’ai particulièrement bien aimé, et dont j’ai eu beaucoup d’échos positifs, c’est After « L ». Dans quel contexte est née cette musique ? Tu parles de toi ou c’est pour un ami ?
Non c’est pour moi en fait. Je commence le morceau en disant “tu”, je préfère me placer extérieurement comme si un pote s’adressait à moi comme ça, comme si j’avais trop de fierté pour avouer que c’est moi. Mais au fil du texte je parle à la première personne et à la fin je dis “ma princesse est partie”…
Je bloque sur Brel en ce moment parce que le Monsieur a une manière de faire passer les choses extraordinaires, surtout dans les morceaux tristes. »
Comment s’est passée la rencontre avec le rappeur américain Chase Phoenix ?
C’était mortel ! En fait c’est le pote d’un pote, et il est passé à la maison, j’ai commencé à balancer des instrus pour freestyler en rigolant et humainement c’est bien passé. Donc j’ai réussi à choper un studio et on est allé poser le lendemain.
Je voulais revenir sur la compilation de Kamasoundtracks, Soul’sodium… Comment tu es arrivé à poser sur ce projet ?
En fait c’est Iris qui m’a proposé le projet. Donc moi j’étais chaud direct. Ensuite il a appelé Sept, Grems qui est une connaissance, plein de gens que je connaissais déjà donc ça m’a fait plaisir de poser avec eux. Et puis c’est parti comme ça…
Qu’est ce qui tourne sur ta platine en ce moment ?
Enormément de sons ! C’est varié, ça passe de la soul à la bossa nova, au reggae ragga, du rap plutôt années 90 que ce soit américain ou français, de la musique classique. Beaucoup de chanson française comme Brassens ou Brel. Je bloque sur Brel en ce moment parce que le Monsieur a une manière de faire passer les choses extraordinaires, surtout dans les morceaux tristes.
Sinon tu aimes bien les chats ? Je crois que tu vois où je veux en venir… ! Maow Maow ça vient d’où ?
Oui j’adore ça ! Je crois qu’on va garder le mystère sur ça ! Ca veut dire des trucs dans pleins de langues…Après si tu réfléchis, il y a des chats, il y a des chattes ! Maow maow !! C’est connoté mais dans tous les sens ! Si tu inverses les lettres ça donne d’autres mots… les gens chercheront !
Un dernier mot ?
Ne croyez rien de cette interview, les médias vous mentent et moi je suis parano ! (rires)
Par Emilien Ercolani le 20 juin 2006. Lien: Musiqualité.net





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