Chronique de “Soul’sodium” sur (dmute)

12 novembre 2006

Soul’ sodium, nouveau projet du label Kamasoundtracks après Bug Into the Clones réunit cette fois-ci outre un collectif de producteurs une horde de mcees contactés pour l’occasion. Suite logique d’un projet artistique visant à produire un hiphop instrumental teinté d’electro, il ne manquait qu’une poignée de lyricists pour donner de l’ampleur à une revendication de notoriété underground, c’est chose faite. Sont conviés Loop et Iris, déjà membres de près ou de loin du label, Arm (Psykick Lyrikah), Soklak, Sept et Grems.
L’affiche est tentante, l’idée est bonne. Plus d’une vingtaine de personnes (graphistes, ingés, prods, musicos et mcees) sur un même projet : porter haut la bannière de la production indé. L’album se veut donc revendicatif et porte un oeil désabusé sur le monde environnant et les rapports de force qui s’y jouent, sur la pesanteur du système, ses incohérences, la volonté de le fuir ou de le combattre. Pour aborder le fond avant la forme, une première critique: le prosélytisme n’a aucun sens dès l’instant où l’on prêche des convertis. On peut donc regretter des tracks comme Soul’sodium Industrie, Crise Péritelle ou Extorsion de Fonds qui mettent un focus sur la domination étatique, médiatique et économique, non pour le message bien sûr mais pour le manque d’originalité des lyrics. En revanche, lorsqu’ils abordent leur sujet de prédilection de façon métaphorique comme sur Verdict et Vertigo ou de façon plus introspective sur Camisole Chimique, La Tangente ou L’Air de Rien, les writers du crew proposent souvent des lyrics beaucoup plus fouillées, plus riches. L’ensemble reste sombre, bien sûr, torturé souvent, profondément lucide parfois. Seul bémol donc, quand la revendication se fait simpliste ou dénuée d’humour ou d’ironie.
Pour la forme, sous la houlette de Weeda Fresh, Mr.Teddybear et Lex Appeal à la prod, Nota Bene aux instrus, le collectif prouve qu’il est un corps pluricéphale. Chacun contribue à l’ensemble, s’attachant à produire des sonorités aux teintes hiphop mais dans lesquelles s’entremêlent les influences glanées à droite et à gauche (principalement Lex ou Def Jux pour le hiphop) . De l’abstract hiphop froid de Camisole Chimique ou de L’Air de Rien, à l’influence rock guitare électrique de La Tangente en passant par le so funky Sur le Fil et l’electro Verdict et Vertigo, Kamasoundtracks donne à voir ce que peut apporter le label au hiphop contemporain. On trouvera également sur ce Soul’sodium le brut Versant Nord sur lequel Sept passe sa schizophrénie ou Chocolat et Sucre en Poudre où Loop se transforme en soul’lover. Les deux interludes offrent à Cyclo et Pan@point l’occasion de prouver leur talent de producteurs, tandis qu’Epok & Orgie comble nos envies de scratch à peine entamées dans Time Code. Conclusion décalée avec Texas Marauder sur fond country.
Quelques regrets donc, très peu il faut bien le dire, mais il est dommage que parfois l’on tombe dans la pauvreté lyristique pour revendiquer des évidences. Nul besoin de s’abandonner à la poésie ou l’egotrip permanent, mais suffisament de tracks de Soul’sodium sont seules preuves par leur qualité de l’inutilité de ce genre de démarche. Une réussite en conclusion et quoi qu’il arrive une touche d’espoir pour la prod indé. Après tout l’objectif est rempli.

Par Demokrite, le 04/10/2006. Lien: (dmute)

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