Chronique de 1977 sur Des piranhas dans le bocal
Coïncidence ou pas ? Après avoir vu que 1977 fut une date charnière dans l’émergence de la génération Hip-Hop (voir le 1er post sur Can’t stop won’t stop), le premier album de Soklak porte cette date comme titre.
Le contrat est énoncé d’entrée dans le second morceau du disque : le rap de Soklak est franc et réaliste, “aux antipodes de la mode” et de “la zik de merde” qu’on entend partout aujourd’hui. Place au Paname populaire, théâtre des “étranges histoires” d’un rappeur sobre et contestataire qui ne tombe pas pour autant dans le misérabilisme. La société et le monde ne tournent pas très rond (Pas de place, Politricard, Apatride) et Soklak s’en échappe à sa façon, par le rêve (14h00 du mat’), la fumette (Sonore Cyanure avec Siaka) ou encore le graffiti (Adrénaline sur une prod de Drixxxé) mais toujours avec finesse.
A l’image du chat, son animal fétiche, Soklak est un rôdeur des faubourgs parisiens habile avec sa langue et qui sait distiller ses coups de griffes entre deux parties de plaisir. Tel un funambule en équilibre sur une gouttière entre journalisme gonzo et storytteling enfumé, Soklak c’est le keep it real à l’accent parigo. Les problèmes ne sont pas exposés directement mais racontés avec un humour de “second degré qui te fera peut-être cogiter” comme il l’espère dans Libre style. Finalement, 1977 est un disque qui épouse toutes les facettes d’une vie terriblement normale, entre introspection et observation, entre humour et prise de conscience.
Vous l’aurez compris, si vous rentrez dans le monde musical de Soklak vous n’en ressortirez pas. Ceci d’autant plus qu’il s’appuie sur un travail technique de qualité. Les productions, parfois soul mais plus souvent purement hip-hop, sont carrées et ponctuées habilement de bruitages renforçant l’ancrage dans le quotidien. Mélangeant rythmiques efficaces et scratchs massifs, elles soutiennent parfaitement le flow saccadé et argotique de Soklak, peut-être surprenant au début mais très vite convaincant.
Pour conclure, Soklak c’est le pote qu’on à tous. Celui qui se fait mal, qui se prend une cuite à chaque soirée mais qui a le charme des solitaires désabusés capables de pousser un coup de gueule entre deux bonnes blagues. Contestataire, marrant et toujours un peu à l’ouest, Soklak est votre pote et rien que ça c’est une bonne raison d’acheter son disque.
Par R., le 23 mai 2007. Lien: Des piranhas dans le bocal









