Interview de Lartizan par Jonathan Fanara

19 janvier 2009

Dans le cadre de son mémoire sur “les moyens d’expression du Rap et son traitement médiatique”, J. Fanara m’a envoyé quelques questions.
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Comment expliquer la mauvaise presse du Rap dans les médias généralistes ?

D’abord comme leur nom l’indique ils sont généralistes, que ce soit sur le Rap, le Rock, le Jazz ou la Bossa, il ne faut pas leur demander autre chose que de la vulgarisation. Et le Rap se prête très mal à la vulgarisation, comme pas mal d’autres sujets traités. Quand je lis un article sur les planètes, par exemple, si j’en parle à un spécialiste du système solaire, il est tout autant affligé.
Tant qu’ils n’intégreront pas dans leurs rédactions des gens qui ont baigné dans cette culture, les magazines, les radios nationales et télés ne pourront pas éviter les clichés et les généralisations. Le seul hic, c’est qu’ils ne le feront jamais, de toute façon la culture dans les grands médias ce sont des commandes de majors et quelques trucs indés qui marchent bien pour faire bonne figure, avoir quelques “exceptions incroyables, ils sortent de nulle part” à nous donner.

L’autre grosse raison, c’est que tous les artistes qui marchent ou qui ont leur mot à dire se contentent très bien de cette situation, tant qu’elle leur profite à titre personnel. Être présenté comme le contre-exemple du Rap “qui a mauvaise presse”, justement, c’est un bon plan pour eux. J’imagine qu’il y a aussi pas mal de mecs qui ont eu des contacts avec ces médias généralistes et ont d’eux-même donné une image faussée de cette musique.

Quelle est l’influence des clips sur l’image du Rap ?

Vu de l’extérieur, elle est énorme, car les gens n’écoutent plus vraiment, à notre époque, donc comme moi je vais d’abord voir dans un clip de country des gros bouseux à barbe avec leur fusil et leur bière, que je vais présupposer racistes et homophobes, on verra d’abord des mecs violents et machos ou des grosses caisses et des casinos. Et puis qui dit image dit gros moyens, dit grosse production, dit clichés vendeurs. Après, l’influence que ça peut avoir, je ne m’en rend pas compte, ne regardant jamais trop les clips sauf depuis quelque temps sur le net, et je trouve ça inutile à 80%, c’est juste un support promotionnel de plus.

Les influences et, par conséquent, les sonorités sont innombrables dans le Rap. Est-ce une particularité qui lui est propre ?

Pour moi c’est clairement la seule musique au monde qui peut se nourrir de Samba, de musique Russe ou de Chanson française sans se dénaturer. C’est d’ailleurs pour ça que je suis tombé dedans. C’est infini, même si rythmiquement basique, tout est envisageable, et on ne tombe pas forcément dans le cliché “morceau de Rock avec du Reggae dedans” ou “Hardcore metal avec des mélodies médiévales”. Non, ça restera du Rap, à moins que tu t’appelles Solaar et que tu utilise Rabbi Jacob. 
Dans mon dernier disque sorti, j’ai autant utilisé des trucs de Gainsbourg des années 50 que de la Soul 70’s ou des musiques de films italiens des 60’s, ou de films Indiens des années 80. Ça ne pose aucun problème de cohérence, tout est traité dans une optique Rap. Ça n’est pas du folklore.

Le sampling est une pratique notoire dans le Rap. Quelles sont ses fonctions ? Hommage ? Simple technique au service de la musique ? 

Le sampling a une base très simple: comment sonner comme des musiciens de studio au complet quand on a d’une part aucun moyen, et d’autre part pas besoin de plus de quelques secondes de leur jeu ou leur grain sonore pour construire son morceau ?
A la suite de l’expérience des breaks sur vinyle dont quelqu’un te parlera surement mieux que moi qui ne suit pas DJ, cette machine a révolutionné la musique en la sortant du choix instruments live / synthés. Le sampler c’est l’ultime instrument, même si on n’en “joue” pas. Il les contient tous, tout en ne reproduisant pas la même sensation. Il redonne de la valeur au détail, en mettant en avant des petites séquences de son et leurs détails, en boucle, ou pas. Il a permis à des milliers de titres oubliés de ressurgir au détour d’une séquence d’1;8” (le temps d’une mesure en gros), et même à certains de devenir des classiques, des années après leur production. Il sert donc autant de simple technique et de nouvel instrument que comme une fabuleuse machine à citer et à rendre hommage.

Il existe de nombreuses facettes dans l’écriture d’un morceau de Rap. Cela va du militantisme à l’agressivité gratuite, de la conscience à l’inconscience. Cela est-il une richesse ?  Comprenez-vous que certains auditeurs prennent le Rap pour un absolu et, dès lors, considère que ces différents discours soient totalement contradictoires ?

Les gothiques et les Hardos, par exemple, ont tous le même mode de pensée, de vie, le même style, les même références, la même position sociale. Le Rap, au contraire de ces genres, est composé d’intellos, de punks, de mecs maniérés, de bad boys poseurs, d’humanistes, chacun évoluant en parallèle avec quelques références communes comme Public Enemy. Une fois couché sur disque, ces positions sont évidemment divergentes, et de l’extérieur, si on croit que le Rap n’est qu’un, on se demande bien où on est c’est sûr ! En même temps, je ne connais que très peu de gens ou d’organisations, de mouvements qui ne soient pas contradictoires.
Cette question revient à penser le Rap comme par exemple “les films politiques de tel réalisateur”, et pointer les contradictions, alors qu’en fait, le Rap, c’est plus comme le cinéma dans son ensemble, avec ses réalisateurs conservateurs, ses rebelles, ses petits branleurs comiques et ses films noirs. Il ne faut pas le voir autrement que comme un média. Il a eu un semblant de discours commun au début, mais c’était déjà du flan. Ça a arrangé pas mal de monde qu’on le croit, donc on en a fait une image d’Épinal “Yo Hip Hop brother t’as vu on pense pareil on a des baggys jeans”. Ça continue à berner pas mal de perdreaux de l’année, ceci dit, quand on se promène un peu à Paris par exemple on s’en rend vite compte.

Le discours politique occupe une place particulière dans le rap.  Quel peut être réellement son impact sur les auditeurs ?

Selon moi nul. Un simple exutoire. Et pourtant c’est un mec qui taffe parfois avec des mecs très engagés qui te dit ça, parce que j’aime ça quand même. Mais je vois mal un des mecs à qui les rappeurs s’adressent en disant “tu méprise les petits” par exemple, écouter ça et “se le prendre dans les gencives” comme on dit. Y’a aussi un peu le syndrôme du convaincu, qui fait qu’on prêche devant des gens tous d’accord pour dire que les méchants sont pas gentils. Il faut faire gaffe à ça, ça a trop servi de mauvais intérêts, on nous fait passer pour les gentils idéalistes ou les grosses racailles sans cervelle, aucune nuance. Je pense pas qu’un seul auditeur d’Alibi Montana ne pense que la Police “c’est bien”, ni qu’un seul auditeur d’Abd Al malik ne pense que le racisme c’est du lourd. A la rigueur l’impact peut-être néfaste si il valide les idées de l’auditeur au point de le rendre aveugle à un autre point de vue.
Et puis on voit à quel point tout discours un peu abrupt ne franchi pas les portes des grands réseaux sans s’appauvrir et se fondre dans le moule, il n’y a pas beaucoup d’espoir que ça change.
Par contre, à titre individuel, le Rap peut faire prendre conscience de certaines choses je pense, au détour d’un morceau qui vise juste, ou tout simplement nous toucher profondément au point de vue émotionnel comme le font d’autres genres.

Ce que l’on appelle communément le « Gangsta Rap » ou encore le « Rap Hardcore » est souvent décrié. Quelle est votre opinion sur ces sous-courants ?

Pour moi à partir du moment ou tu fais de la musique, tu es libre. C’est le dernier espace de liberté totale, je ne demanderais jamais à personne pourquoi il choisi telle ou telle voie, mais plutôt pourquoi il le fait mal si c’est mal fait, et comment il fait pour le faire aussi bien. C’est du cinéma, il ne faut pas se mentir, tout comme Scorcese s’entourait de mafieux pour savoir de quoi il parle il arrive que les mecs soient des sortes de traducteurs d’une ambiance, mais j’ai rarement vu un rappeur armé et englué dans le gangstérisme le revendiquer, et qu’en même temps ce soit bien artistiquement. Je préfère donc un mec qui sera un observateur avec un putain de talent artistique qu’un autre qui croit devoir être ce gangster pour en parler mais ne sais rien faire avec un micro.
Sinon je suis client, Booba je suis client, NWA je suis client, Despo Rutti (suis ce mec, c’est le prochain phénomène hardcore, il est terriblement talentueux) je suis client aussi, parce que ça tue, pas parce que c’est hardcore. J’pense musique toujours, en fait. J’aime autant A tribe called quest. On a tellement aimé le Rap pour toutes les mauvaises raisons sauf celle-là: c’est de la musique. Arrivé en 2008, combien de fois j’entends encore “je n’ai pas aimé tel album le mec se prend pour …” ou “c’est génial parce que tu vois c’est un mec qui vient de telle ville d’où venait aussi machin et qui rappe avec un seul poumon quelle performance !”… “ce mec j’écoute pas il a trop d’argent” …oui,OK…mais…c’est bien dans les oreilles ?

Skyrock, souvent décriée, est-elle néfaste au Rap ?

Évidemment, c’est une putain de plaie mais pas pour le Rap, c’est juste la punition du Rap pour avoir fait n’importe quoi quand il pouvait choisir une autre voie, je parle des acteurs de l’époque. Non, c’est une putain de plaie pour la France car c’est la cité des radios: on y parque les jeunes turbulents, on fait des activités pseudo-républicaines comme dire non à Jean-Marie ou aller voter, mais on est archi-condescendant avec le contenu, qui pue la merde c’est vrai, comme ailleurs, on se félicite de la fonction sociale (alors que c’est l’horreur, c’est la pire fonction sociale), mais on en parle encore une fois jamais de musique, et on a des mecs orthonormés comme dirait Sheek, qui reproduisent les tubes du moment au milieu de clichés sur les Arabes, les quartiers, les jeux débiles et les présentateurs qui n’écouteraient jamais ça chez eux. 
Ça permet aussi à la ménagère de se faire bien peur en passant sur la fréquence: “décidément, heureusement qu’on ne nous met pas ça sur rires et chansons !”
Mais le pire pour moi, c’est qu’un mec comme le PDG fondateur de Skyrock, tout plein de belles paroles pour l’avenir de la jeunesse et de la culture, est de mèche avec l’État pour parquer ainsi les jeunes. Et ça marche grave ! J’en veux pour preuve qu’il a été décoré de l’ordre du mérite de la légion d’honneur un an après l’élection de Sarko, dans laquelle sa radio à servit de repoussoir ultime et sur laquelle on fait pourtant croire qu’on est tous anti-Sarko. C’est d’une ironie glaçante.

Propos recueillis par mail par J. Fanara le 12 décembre 2008.

15 commentaires

  1. JB

    Eh ben dis-donc, si avec ça il a pas 20/20 à son mémoire l’ami Jonathan, y a vraiment pas de justice !

    Tes réponses sont vraiment pertinentes (le sampling et Skyrock notamment), j’aurais pas dit mieux… d’ailleurs je n’ai pas dit mieux !

    Jonathan, si jamais tu passes dans le coin : je suis vraiment curieux de lire ton mémoire une fois qu’il sera fini, je compte sur toi. :)

  2. Jonathan Fanara

    Salut, JB.

    J’enverrai, bien sûr, mon mémoire à tous ceux qui y ont participé. Tu verras, chacun a apporté sa subjectivité, sa sensibilité et ses propres arguments, en complétant - souvent - ou en réfutant - parfois - les réponses des autres.

    En tout cas, le moins que l’on puisse dire, c’est que rien ne fait l’unanimité et que tout peut être discuté. Il est à noter aussi que l’opinion des artistes diffère souvent de celle des observateurs.

    Quoi qu’il en soit, je vous remercie tous les deux pour votre aide et votre disponibilité !

    A bientôt

  3. lzorecords

    Ca attise la curiosité ton message là héhé : )
    Cimer JB, aussi ; ) Curieux de voir ce que t’as raconté ahah

  4. DoZ

    tant de choses a dire, mais ce n’est pas l’endroit pour débattre…

    Juste un ou deux points: Dire que le hiphop est un des seul genre musical eclectique (par opposition a ce que tu appeles le “hard” par exemple) en terme de couches sociales, de mode de pensées, de “références” est absolument faux. Pire, le rap est un des seuls a s’automutiler, la ou les différentes tendances electro, jazz ou metal cohabitent sans problème. Au fil du temps, le hiphop a même laissé pousser ses branches pourries d’intolerance, de “racisme”, par opposition totale a sa doctrine de base qui se voulait “federatrice contre”. Ca ne veut pas dire “pensée unique”, mais direction commune. Tant mieux qu’on en soit pas arrivé au premier point, dommage qu’on ait perdu le second. Si le rap s’est sentis fort de metissage a une époque, de toute façon il n’est plus le seul…

    J’ai envie de nuancer”l’impact nul” dont tu parles au sujet de la politique dans le rap. On vois bien comment fin des années 90 il a pu pour une génération etre une référence ultime en terme d’”identificateur ideo”, aussi simpliste qu’elle fut parfois. Prises avec recul ou au premier degré, je crois vraiment que les directions politiques, bonnes ou mauvaises, amenée par le rap ont soulevées des questions chez les jeunes en terme d’emploi, de racisme, de cohésion sociale. Le rap a été pour certain l’un des seul relais d’information et d’expression, et reste aujourd’hui un media important. Je relève ca pour touts ceux qui pensent qu’on peut tout dire sans se soucier des incidences que ca peut avoir, sous couvert artistique, ou sous couvert d’”exutoire”. Je pense vraiment qu’on est porteur d’une responsabilité a forciori quand on commence a toucher un public plus large, qu’on appele à l’incendie ou à la tolérance. C’est d’autant plus vrai ailleurs qu’en france, lol.

    Je ne remet pas sur le tapis un debat qu’on a déja eu sur le sample… Pour moi un hommage se doit d’etre respectueux, et le sample intervient bien souvent “par facilité” plus que par éloge dans le rap. Mais encore une fois, on peut difficilement généraliser, entre le simple “support au chant” et la conception sonore, le rap se place sur une large courbe. Un detail peut etre, on peut parfaitement “jouer” du sampler… Je pense que c’est aussi ce que tu as voulu dire, mais ta tournure laisse planer le doute…

    Pour le reste, on se rejoint en beaucoup de points :)

  5. DoZ

    allez j’ajouterais bien concernant l’impact politique que si le message “reactionnaire” de base est dénaturé par différentes branches evolutives du rap (dont certaines sont parfaitement respectables) la ou il y a censure il y a forcement impact. la popularité nourrie par des vecteurs comme skyrock sert completement cette censure en donnant au rap cette image bouffonne et caricaturale. Mais le hiphop est bien une culture qui survit, et une culture qui a (eu) force de frappe. Pour exemple chez nous au Mans, le rap a été totalement évincé des plateaux “open mic” comme les tremplins et les manifestations culturelles organisées par la mairie. Et ce n’est pas le fait que la mode soit passée… Je raccroche ;)

  6. frokost metal

    je me permet de réagir à une partie de tes propos, que je juge absolument faux:
    “Les gothiques et les Hardos, par exemple, ont tous le même mode de pensée, de vie, le même style, les même références, la même position sociale.”
    faisant partie du “microcosme” métal je peux te garantir que ce public est constitué d’une mosaïque d’individus, provenant de milieux divers et sans “profil type”. Les tribu “métal” ou “goth” n’existent pas, car il n’y a pas le moindre point de convergence sur le mode de vie, la politique ou le croyance dans ce public, contrairement à ce que voudraient faire croire les médias putassiers comme M6 avec leurs “méchants satanistes profanateurs”.
    Pour finir diversité, la coexistance au sein d’un même style des cocos/anarchistes du grind avec les fachos du Black NSBM te donnent une idee du pannel d’opinions qui s’exprime rien que dans la scène métal.

  7. Taiji

    Chaque courant a été récupéré dès qu’il y avait de l’argent à se faire…à partir de là tout est faussé. On trouve tout et n’importe qui. Enfin je pense.

    Forcément d’accord pour les propos sur Skyrock, le capitalisme dans la rue.

  8. Lartiz

    Je vous propose de me citer les groupes ou artistes de la mouvance gothiques qui ont de spropos contradictoires ou des demarches différentes dans leur art, mais il est bien possible que j’ai les même a priori que dans l’autre sens, vu que j’en mange ce qui me passe par malheur sous le nez de temps en temps.
    Pour moi ils sont tous blancs, de milieu middle class, aiment l’imagerie depressive et ne font jamais d emorceaux pour rigoler ou faire des blagues. Voilà ce que je voulais dire. Je pense pas être loin de la vérité. Dans le Rap y’a des asiatiques des blancs des noirs des arabes , des musiques aggresisves, depressives, enjouées et dansantes, des gens issus de la middle class, de la (parfois) haute bourgeoisie, ou des milieux defavorisés… j’parle des artistes là hein notamment… des qui prônent la tolerance et le civisme, d’autres le gros nimporte quoi… bref je pense pas me gourrer de beaucoup en disant qu’on trouvera jamais dans le rock gothique ou le metal actuel des trucs aussi variés que Souljah boy, Despo Rutti, Rocé, Jay-Z, Cannibal Ox, Svinkels, La rumeur, Oxmo, Snoop Dogg, Jay Dee, Abd al Malik, Alkpote, La caution, Saian, Medine etc… bref sans aucun jugement de valeur sur ces artistes je pense pas qu’on puisse distinguer autant de personnalités qui s’approprient les autres genre cités de cette manière et a leur façon, que ce soit a l’oreille ou dans la démarche et l’imagerie. J’dois me tromper.

    Sinon penser que les différentes tendances Jazz ou Electro cohabitent parfaitement c’est un peu idéaliser des milieux musicaux ou ça se crache dessus des qu’on est plus dans le même créneau (je caricature a peine).

    Pour ce qui est du métissage musical, il n’est plus le seul ? je ne connais aucune autre musique qui utilise NATURELLEMENT des éléments aussi disparates pour faire sa sauce et qu’on apelle juste ca “du rap”. Exemples si t’en as… faut voir… et j’parle d’un truc qu’on nous vend pas comme “la fusion ultime de la bossa nova et des rondes charentaises avec un poil de house”.

    Et pour la responsabilité… j’pense que la valeur suprême ça reste la liberté, d’expression ou de choix artistiques… le reste… responsabilité, débilité, engagement, je-m’en-foutisme, inconséquence des propos… ça a jamais rien changé en rap français en tout cas (sujet des questions). J’iurais pas dire que la black music des années 70 a pas aidée aux mouvements de libération, c’est sur… meme si elle n’a fait que les accompagner, elle leur a servi oui. Ici bon… Faudrait sinon definir ce qu’est la “conscience”, et là on va encore se poiler: pourquoi on reprocherait pas a un mec de chanter qu’il fume par exemple ? Allez hop, plus de morceaux sur la picole ou la defonce… c’est pas bon pour toi, et l’artiste sait ce qui est bon pour toi alors ?…
    Pour moi abd al malik apelle bien plus a l’intolerance et l’incendie que booba mais bref.

  9. Taiji

    Le poncif “conscient” me fatigue un peu.
    Ça ne veut rien dire sérieux. Alors Assassin, soi disant, c’est conscient…c’est simplement une question de point de vue.
    Chacun “milite” pour ses idées, et c’est plus “d’intelligence” que parlerai plutôt que de conscience. C’est ce qu’il y a dans ton texte qui montrera s’il vaut le coup ou non. Et je ne place pas l’intelligence dans le sens de la morale. (Après perso, je n’arrive pas à écouter des mesures racailleuses non stop, mais bon après c’est l’attente qu’on a d’un style musical auquel on adhère.)

    Tu peux militer pour le shit, faire l’apologie de l’herbe…c’est une sorte de conscience sur le sujet. “Le retour du shit squad” et “un nuage de fumée” en parlent de manière tout a fait opposée, après c’est ta position sur le sujet qui te fera dire “ce morceau est bien” ou “c’est nul car non constructif”.
    Il y a un besoin de faire des catégories, ça rassure, et ça divise. C’est toujours préférable de séparer.
    En même temps je dis ça, mais il y a peu que j’ai zappé la phrase “ça c’est pas du rap!” de mes phrases favorites ;) Ca m’échappe encore de temps en temps….mais bon, c’est les années et la nostalgie….connerie…mais j’aime bien!

  10. Phonky Honky

    Pfou, plein de choses intéressantes (et plus ou moins d’accord ;)).

    Plutôt que d’argumenter (chacun a ses propres critères de définition de la chose et ses propres modèles cognitifs), je rajouterai une chose, qui pour moi, a permis à ce “mouvement” de réellement se distinguer d’autres musiques sur le plan musical notamment (le plus mis en avant). Mouvement, oui car le rap n’est qu’une partie du hip-hop qui se veut une véritable culture, mode de vie, attitude, etc. Pour rappel, il est communément admis qu’il regroupe le rap (pas de dessin, je pense que tout le monde voit ce que c’est ;)), le dee-jaying (le sens originel de passer des disques bien sûr, mais également de réaliser du son y compris sans rap, cf. le turntablism), la breakdance (qui se veut avant tout une activité physique certes reliée à la musique, mais qui a principalement grandi sans rap!), le graffiti (qui est à la fois une récupération et une émanation artistique de ce mouvement…mais fondamentalement différent du rap…est-il nécessaire de rappeler que de nombreux graffiti-artistes n’écoutent pas de rap, mais ont grandi avec du punk, du reggae, du rock, de l’electro ?!). Je ne m’étendrais pas sur le human beat-boxing (recomposer des rythmes et mélodies en se servant de sa bouche comme seul instrument) qui est parfois considéré comme le cinquième pilier de cette “culture” hip-hop.
    Bien évidemment, la tentation a été trop grande de ne pas tirer de profit de ce “mouvement”. Et il est bien plus facile de capitaliser sur un artiste pseudo apparenté à un chanteur, que d’un mec gesticulant, d’un vandale ou d’un musicien se réclamant comme tel bien que son instrument ne soit généralement pas reconnu comme tel !
    Cette appartenance à une culture diverse et variée constitue pour moi une des principales richesses du rap…et lui apporte cette diversité permettant de porter chaque jour un nouveau regard sur le monde et les gens qui nous entourent.
    Juste un exemple concret de cette richesse : j’ai évolué musicalement en partant du rap français à la techno hardcore, à la soul, au down-tempo, au jazz manouche, à l’electro minimale, au punk, au rocksteady, à la baltimore ou encore à la chanson française. Je doute encore aujourd’hui qu’un autre genre musical ait réalisé cet exploit. Et précision : je le dois (entre autres…mais essentiellement) à Skyrock (de la “bonne époque” certes…mais Skyrock quand même :)).

    Peace, unity, love & having fun.

  11. JB

    Lartiz, je sais pas si on peut faire une analogie “gothique / rap”, justement parce que les gothiques sont une mouvance à l’intérieur d’un genre plus large qui est le rock. De la même façon que, mettons, le G-Funk est une mouvance à l’intérieur du rap. Ce serait confondre le contenu et le contenant… Non ?

  12. DoZ

    Bon pour ne citer que le metal en exemple, y’a qu’a se reporter sur wiki http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_genres_de_metal pour voir le nombre de mouvance parfois opposite que ce style comporte.. Peut on parler de culture metal pour englober cet ensemble? je ne me pretend pas specialiste en la matiere, mais une chose est sure, y’a un pavé entre le “metal chretien” et le “doom metal” par exemple.
    COncernant le metissage, difficile de ne citer que le rap sans citer les autres styles auquels il se mele facilement: indus, triphop, world, fusion, electro… Pour autant, les artistes en question ne viennent pas forcement du mouvement hiphop (cf svinkels que tu cites par ex)… Je passe les genres n’ayant rien a voir avec le rap qui eux aussi font des rencontres, du classique au funk, rock ragga electro, dub, jazz blues… y’a pas un style qui n’ai pas un jour croisé un autre, ne t’en déplaise, avec certe plus ou moins de succés. Ce qui était vrai il y a 20 ans ou le sampleur amenait cette mini revolution est (et c’est tant mieux) completement obsolète.Tu veux des appelations? fusion, indus, electropop, dancehall, … Faut clairement s’entendre sur le terme de rap, qui n’est effectivement qu’une appelation generaliste comme peut l’etre le rock ou l’electro, avec leurs dérivés et leurs metissages… Et je t’assure pour l’avoir vécu, on crache pas plus sur son voisin dans le rock ou l’electro que dans le hiphop, la ou parfois ca devient même un thème majeur de morceau.

    concernant l’engagement (je prefere ce terme a celui de “conscient” qui prete a polémique) chaque artiste voit bien sur midi a sa porte, que ce soit pour le shit ou un sujet plus capital… lol Je parlais plus haut de responsabilité car le vrai problème du rap est la. On peut parler d’inconscience de certains artistes par contre, qui vont précher bien au dela de ce qu’ils pensent ou ce qu’ils font… Ils sont aussi responsable de la decredi(é)bilisation du rap. Booba qui fait des photos magasine la tronche pleine de poudre, je cite que ça.

  13. Lartiz

    JB > C’est exactement ce que je concluais hier en en causant avec l’homme qu’on connait pas, qu’on connaitra jamais (qui avait de bons arguments pour me faire revoir ma position donc). En effet dans cette optique ou le rap est un mouvement aussi etendu que le rock, oui le rock reste plus varié lol ! Mais on m’a parlé de metal et de gothique donc bon…
    Mais je me suis un peu mal exprimé et trompé en effet, comme quoi les a priori sont dans les deux sens quand on ne connait pas bien une musique !
    Reste que en effet comme l’a bien dit Honky, le rap est la seule musique qui t’amene a autant d’autres sans barriere (sauf la country houuu les bouseux facho redneck illettrés (lol hein)!! Ah non merde Jhonny Cash ça déchire !).
    Et j’ai sans doute aussi pas mal d’a priori sur les milieux sociaux des activistes… I apologize !

  14. JB

    “Et je t’assure pour l’avoir vécu, on crache pas plus sur son voisin dans le rock ou l’electro que dans le hiphop, la ou parfois ca devient même un thème majeur de morceau.”

    >> En même temps, sans vouloir faire le vieil historien positiviste qui va vous raconter les dirty dozens, la dimension chambrage/compétition fait partie des bases du hip-hop. Après, on peut ne pas avoir envie d’écouter ce genre de truc, reste que ça a toujours fait partie du décor.

    (Je me sens comme attiré vers un débat sans fin, ça me donnerait presque le tournis !)

  15. lzorecords

    Oui c’est clair rien a voir entre les clans du Jazz ou de l’Electro et les vannes dans le Rap. Mais rien du tout. On arrête là les mecs ?

Et vous, vous en pensez quoi ?