Billet de Lartizan pour le festival Hipopsession

État des lieux d’un label indé en pleine période de crise des réseaux officiels
Les organisateurs ont eu l’excellente idée de faire appel à nous publier un carnet de bord du festival, entre interviews des artistes programmés et articles par et autour de divers intervenants (O. Cachin, Gasface, etc…). En attendant qu’on recroise la route d’Hipopsession pour autre chose que de la lecture (2010 ?), vous pouvez checker ça ICI, en date du 26, ou en lisant la suite…
En pleine crise du disque, alors que l’objectif de cette tribune est de donner la parole à ceux qui ont des choses à dire, nous avons jugé pertinent d’inviter un label indépendant. Ce label, c’est LZO Records. Nous l’avons choisi dans la jungle des indépendants pour une simple raison, la qualité de ses artistes. Avant d’écouter Soklak, Sept, Taipan et les autres, lisez cette tribune, intitulée “Lettre ouverte aux prescripteurs”. Elle est signée Lartizan, fondateur et directeur artistique de LZO Records.
Lors d’une interview radio qu’on m’avait fait suivre en mp3 il y a un an ou deux, Chuck D (Public Enemy) demandait à El P (Company Flow, Def Jux) son avis sur l’incendie qui ravage l’industrie du disque ces dernières années. La réponse tombe comme un couperet: ” Et bien, laissons-la bruler… brûlons-là ! “. Une réponse peu étonnante de la part de quelqu’un qui s’est fait tout seul et a su imposer sa couleur artistique contre vents et marées, en pleine montée d’un son clinquant et putassier (fin des années 90/ début 00).
Etonnamment, ce sont souvent ceux qui ont le plus contribué à la situation catastrophique actuelle qui s’en plaignent le plus, pour faire un raccourci pas si rapide. Le pire, c’est qu’ils s’obstinent à persévérer dans leur voie, puisqu’à court terme c’est la seule qui leur rapporte : sortir vite des disques périmables et insipides, mais marketés en fanfare et en usant de toute la chaîne des médias conciliants pour faire passer la pilule. Après moi le déluge, comme on dit… Se plaindre du téléchargement, systématiquement et en se faisant passer pour le défenseur de la Musique et du musicien bafoué par le vilain auditeur. Un vrai job à plein temps pour certains, on dirait. En oubliant au passage de préciser que la musique n’a jamais généré autant de droits d’auteurs, sur lesquels ils se sont bien entendu grassement réservé une part. A quand un communiqué euphorique de Pascal Nègre sur la hausse des revenus de ce type pour équilibrer ses multiples tribunes alarmistes ?
Bref, les temps changent, les grecs ont remplacé les sandwichs à l’omelette, et aujourd’hui n’importe qui porte un regard distant et dépassionné sur la situation conseillera de fuir au plus vite ce business. Sauf que voilà, nous, chez LZO, comme bien d’autres artistes et labels actuels, on ne l’a pas, ce regard dépassionné. On a privilégié le mot ” music ” dans l’expression ” music business “, et toujours préféré l’artisanat à l’industrialisation. Aujourd’hui nos enjeux sont clairs, presque malgré nous : faire front coûte que coûte, persévérer à accompagner des univers artistiques de qualité et non formatés, leur offrir le meilleur écrin pour exister en liant savoir-faire et faire-savoir, le tout au milieu d’un bordel sans nom. Pour ça, il faut le reconnaître, énormément d’atouts se sont ajoutés à notre jeu ces derniers temps : d’abord grâce à Internet : démocratisation des sites persos / blogs (nous avons choisi Wordpress.com pour ce qui nous concerne), solutions de vente directe en ligne pratiques et efficaces, sites communautaires, newsletters, bouche à oreille démultiplié… Egalement par la démocratisation de la technologie : avoir un son pro aujourd’hui ne coûte pas le dixième d’il y a 15 ans, un simple ordinateur peut gérer synthés, instruments, samples, prises de son, mixage… le tout sans qu’un habitué des studios lui-même n’ait rien à redire.
Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes indé si l’effet pervers de cette nouvelle donne ne jouait pas à fond : perdus dans la masse de propositions qui leur sont faites, les auditeurs potentiels ne font plus attention qu’à une part infime de ce qu’ils croisent. Ils entraînent ainsi énormément d’indés à répéter ce même schéma dont on est tous las : faire un tube, coûte que coûte, un ” coup ” pour se démarquer. A en devenir ridicule.
C’est aux médias, comme souvent, que reviendra donc la plus grande responsabilité dans les années à venir : parmi cette abondance d’offre, personne ne peut nier l’existence d’artistes de qualité, uniques, attachants, doués, prometteurs. Tant que tant de magazines, radios, webzines, télés, persisteront à servir de porte-voix à l’industrie telle que décrite en début d’article, certes génératrice de revenus pub sur le moment (toujours ce court terme étouffant), ils contribuent à se décrédibiliser sur la durée.
En parallèle, beaucoup d’activistes, souvent désintéressés, via leur blog ou leur tribune quelle qu’elle soit (radio blacklist, festivals indés, rares journaux non détenus par la régie pub), mettent un point d’honneur à créer du sens sur la durée. Plus que leur rendre hommage, il faut continuer à les citer en exemple aux médias plus officiels à chaque occasion. C’est d’eux que la révolution des mentalités pourra venir, quand, lassés par les publi reportage des ” gros ” et le peu de place laissé à la découverte, tout le monde se tournera vers un vrai média défricheur et sincère, sur papier ou sur le net. Il n’est pas exclu à terme que ces médias évoluent en disquaires indé “nouvelle ère”. Une saine micro-économie de niche naîtrait alors, par et pour des passionnés, celui part qui la musique est “filtrée” et présentée en tirant un profit autre que par la pub, véritable fléau de la parole libre. C’est vers cela que tend une solution comme Pepita.com que nous avons dores et dejà adoptée et dont nous vantons les mérites à chaque occasion.
En parallèle, une vraie démarche concertée des médias pour remonter le niveau musical de ce pays (en Rap en tout cas, musique particulièrement touchée par la nullité artistique en haut de l’affiche et le cynisme des profiteurs) et s’adapter à la nouvelle donne est possible, nécessaire, et honorerait grandement chacune des personnes qui s’y attellerait. On peut rêver, non ? A charge pour les artistes de se montrer à la hauteur des attentes artistiques, et d’accepter leur nouvelle condition : n’importe qui écoute ce qu’il veut de n’importe où, n’importe quand, sans rien payer. Il semble raisonnable d’imaginer que maintenant que les rats vont quitter le navire, entre concerts, disques, droits de diffusion et autre merchandising, un artiste indé de bonne qualité à un avenir radieux qui s’offre à lui : la chance de pouvoir vivre, même (très) modestement, de sa musique. Et c’est déjà énorme. Ne l’oubliez pas avant de vous plaindre et de culpabiliser le passant sur des affiches 4X3 en ville, messieurs les moralisateurs. Vous avez pris de bien sales habitudes.
Quant à nous, artistes et équipe LZO, nous avons fait notre devise une autre phrase prononcée lors de cette interview par El-P : “It’s all about good records…good records will never die”. Le reste…
Lartizan





PARAPOUX- artiste de blog
clap clap clap
zo.
Rg Prod
Terrible…
AdH
Hey merci encore une fois au nom de l’équipe (de 4)
Ciriloco
Joliment dit mafoi