Interview de DJ Sek (1/3)

14 mai 2009

sek415
Le CD “L’homme que l’on nomme DJ Sek” est dans les bacs

Ça a commencé par une info de Séar Lui-même sur Facebook : DJ Sek sort un projet rétrospectif riche en inédits et raretés. Après en avoir immédiatement fait un billet pour partager mon enthousiasme, DJ Sek lui-même est cyber-venu me remercier pour le billet. J’en ai profité pour m’incruster à la séance d’écoute, où j’ai rencontré une équipe chaleureuse et prometteuse : Séar Lui-même, évidemment, dont le titre inédit sur la compile surdéfonce, mais aussi JL qui révèle au compte-gouttes les infos sur sa riche actu à venir, Keenan, fondateur du label L’Or Noir et coproducteur du CD, ou encore Skew qui soutient tout ce petit monde. En sortant de là, une idée s’impose à moi : il faut interviewer le soldat Kessey. Rendez-vous est pris la semaine suivante.

Comment se fait ta rencontre avec le Rap ?

J’ai découvert le Rap vers 83/84, grâce à la télé, lors d’une émission de divertissement présentée par Yves Mourousi, où il avait invité les New York City Breakers… Première gifle. Puis, un peu plus tard, avec Hip Hop, animé par Sidney. Un jour ils ont mis le clip de Break machine. Déjà, les mecs étaient habillés sport, j’aimais bien leurs survets, leur style. Ensuite ils chantent et breakent en même temps, et ça… Ca m’a remis une nouvelle gifle ! Je me suis dit : “là c’est un truc qui me parle”. Depuis, j’ai pas laché. Après, rapidement, on entend parler des “radios libres”, ou “pirates” : Carbone 14, La voix du lézard, un petit peu plus tard Radio 7 et surtout Voltage, dont j’ai de bons souvenirs car j’appelais les animateurs pour connaitre les titres, et je me souviens qu’ils étaient bien sympa. C’est aussi mon frère ainé qui m’a fait connaître le Rap, car il écoutait beaucoup la radio. Pendant qu’ils était absent, ou à l’école, j’écoutais ce qu’ils avait enregistré, car je rentrais avant lui. Du coup je me suis mis à “chiner” sur ces radios. C’était que du Rap américain, il n’y avait pas de Rap français, ou très très peu, pour moi c’était un peu inconnu.

A cette époque-là tu étais uniquement auditeur ?

Et danseur, grâce à Hip Hop de Sydney, on refaisait les pas de danse de ses “leçons”… et 2, 3 ans après, il y a le tag… non… même pas… c’était en 84, quand ils ont passé au ciné Break’84 et Beat Street, j’ai été les voir avec mes frères, et dedans on parlait de tag, je m’y suis mis aussi. Danse et tag, donc, avant d’être vraiment DJ.

DJ, c’est venu avec les Little ?

Non, en fait c’est toujours dans la continuité d’écouter la radio. Sur Radio 7, il y a eu une des premières apparitions de Deenasty avec RLP, (qui avait comme concept d’inviter chaque semaine des DJs qui venaient avec leurs mixes). J’ai écouté Deenasty, j’ai dit : “Non ! Lui c’est un ouf ! Je veux faire comme lui !”. Je ne savais pas comment il travaillait : en fait, il avait une platine, des mixettes… et un Revox. Il enregistrait tout sur Revox, il découpait la bande puis la recollait pour faire des montages de son mix. Moi, je ne connaissais pas ça, je me suis dit : “Waow, lui c’est un extra-terrestre, il mixe trop bien, trop calé et tout !”. En plus il scratchait bien, donc c’est devenu mon mentor, comme celui de pas mal de DJs en France. Je me suis dit ; “Bon vas-y, je vais lui ressembler”. Ma première platine, en fait, c’était pas une Technics, c’était une Akaï de la chaîne de mes parents, et j’avais pas encore de mixette, je m’enregistrais en montant et baissant le volume du REC sur la machine cassette, pour m’entrainer uniquement. Après j’ai connu des mecs qui m’ont dit : “Il faut deux platines, une mixette, et on fait comme ci, comme ça….”. Je regardais aussi les K7 vidéo, il y avait des cassettes bootleg des championnats de DMC qui circulaient. Donc officiellement, sans dire que j’étais “DJ”, j’ai vraiment pris la main à cette époque. Je voulais en faire un métier, sans me dire que j’allais plus tard être connu ou quoi, c’était vers 86, 87. J’ai commencé à acheter de plus en plus de disques. Mon grand frère, lui, s’y était mis déjà bien avant: Africa Bambatta, les Fat Boys, Grandmaster Flash, Kurtis Blow, les Force MD’s, de l’Electro-Funk, comme Hashim ou Aleem.

Tu as quel age à ce moment-là ?

16, 17 ans… J’étais le “gros” B-Boy au lycée, avec mes potes on formait un crew à ce moment là, les autres nous regardaient, tu vois, il y avait le mouvement punk, le mouvement hip-hop, etc… Moi je viens du 93/77, la ligne A, et je taggais aussi, comme je t’ai dis. Je fréquentais des groupes de graffiteurs connus sur ma ligne. Un jour en taggant y’a un renoi qui vient me voir, il me dit : “Ah ouais c’est cool, tu tagges aussi ? J’aime bien ce que tu fais”, et on a commencé à se fréquenter. Un jour il me dit : “je connais un groupe de Vitry qui cherche un DJ, ça t’intéresserais de les rencontrer ?”. Et à force de m’en parler on a fini par aller les voir, vers fin 88. Il me présente Sullee et RL MC des Atomic Force / Atomic breakers (à cette époque Sulee était rapper, toaster, et breaker). Je les vois rapper, je me dis : “Ah putain ! C’est pas mal”, c’était un mélange de Rap/Ragga en Français… C’était bien, quoi ! Ça me parlait. Dans les parages, il y avait EJM, qui les coachait. Donc je vais les voir, un peu intimidé. Ils me disent qu’ils cherchent un DJ… Il y avait une platine qui trainait. Je leur fais une démo, et au bout de quelques secondes ils me disent : “OK vas-y c’est bon ! T’es avec nous”. C’est là qu’officiellement je suis devenu le DJ d’un groupe qui ne s’appelait pas encore les Little. C’est quelques mois après qu’on s’est appelé comme ça, grâce à Djida, notre ancien manageur, si mes souvenirs sont bons.

Cette aventure a duré combien de temps ?

Ça a duré de 89 à fin 94 aux platines et plus ou moins beatmaker avec eux.

Avec le recul, d’après toi, sachant que vous étiez un des premiers noms “officiels”, identifiés, qu’est ce qui fait que les NTM, Assassin, IAM ou Solaar ont tous avancé d’un coup, et que vous soyez restés à un statut de groupe culte, plus confidentiel ?

Nous en fait ce qu’on voulait faire entendre, c’était le le groove américain, on s’inspirait d’eux. Tout le monde avait plus ou moins accès à MTV, mais nous c’est vraiment ce qu’on écoutait, Sullee et Ronald à Vitry étaient vraiment à fond. Moi après, j’arrivais avec mes idées de scratchs… Quand ils nous écoutaient, beaucoup de gens ont apprécié le coté musical et le coté technique, flow, il n’y avait rien à dire à ce niveau. Mais c’était plutôt au niveau des thèmes, c’était trop égocentrique. Heureusement, Sulee et Ronald ont su après diversifier les thèmes - et c’était tant mieux. Je pense qu’on faisait partie des challengers mais on se disait pas qu’on allait cartonner forcément, comme Solaar, tu vois, ce qu’il faisait c’était trop facile pour nous.

Et vous le sentiez déjà à l’époque que Solaar ça allait cartonner facilement ?

Je pense, oui. Lui en plus il avait plus de connexions dans ce milieu là que nous, il y avait Jimmy Jay, qui avait des portes ouvertes, ils se sont mieux démerdés, “businessement” parlant. Nous on avait quand même une image à défendre, on voulait pas ressembler à Solaar. Parce que quand Mercury nous ont signé et qu’on a sorti “Les vrais” en 92, eux ils voulaient qu’on fasse des petits crossover à la Solaar, et nous on étaient pas chauds… Même si notre premier single, “ressens le son”, avec Manu Di Bango, ressemblait à un crossover.

Donc c’est un peu du à un mélange d’artistique et de connexions dans le milieu ?

Voilà, alors qu’on tournait autant que Solaar, on était surtout un groupe de scène, comme ils disaient. On a quand même vendu quelque chose comme 40 000 albums. Et l’album n’a été travaillé que sur un an, pas plus, du coup ça nous a fait plaisir de faire ce score-là. Après c’était au public de voir, il nous aimait bien mais il préférait plus soutenir un Solaar ou les autres groupes parce qu’on les entendait plus que nous en radio… il y avait ça aussi, le business de la radio.

Via les connexions à nouveau, du coup.

Ouais voilà, le biz des chaînes de télé et des grosses radios qui commençaient à jouer du Solaar, M6, France Inter, Europe 1… tout ça, nous ils nous jouaient pas, ou ils nous jouaient très peu, et c’était du “manuel”, pas du “programmé”. Sinon, a fait tous les gros festivals qu’il fallait faire, etc.

Tu as gardé contact avec tes acolytes ?

Ouais ouais, ouais.

Quel bon souvenir gardes-tu de cette époque ?

Bah un souvenir mortel c’est l’enregistrement de l’album, ça c’est un bon souvenir ! On a mixé au studio Davout, et au Mix it, un spot connu pour le rock alternatif, où il y avait la Mano Negra, les Bérus, les Garçons Bouchers

Les milieux musicaux étaient plus mixés à l’époque ?

Ouais voilà.

Comment ça se passe pour toi le passage entre DJ des Little et créateur d’un label qui est Time Bomb ?

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Propos recueillis par Lartizan le 4 mai 2009

16 commentaires

  1. SOMNO

    C’est moche de couper à ce moment-là.

    Démarche mortelle, je te l’ai déjà dit mais je suis jaloux…

  2. boobto

    c’est clair tu te crois dans lost là ?

    sinon sympa l’interview et apparement le blog reprend un peu de vie, c’est cool…
    et sinon taipan ?

    allez bonne continuation

  3. Mehdi

    Ouais c’est super frustrant là. Mais ça promet et, surtout, ça fait super plaisir de voir Sek interviewé de la sorte. La suite, vite :)

  4. admin

    Taipan ? En live à la scène bastille le 30 Juin avant Soklak… l’album… ahahah… bande de fous… j’propose qu’on arrête de poser cette question sur ce site ? ! lool

  5. Bachir

    On veut la suite!!!

  6. Bachir

    On veut la suite!!

  7. boobto

    au fait sept et dreyf a nancy c’est mort ?

  8. admin

    C’est un sujet bouillant, on est dessus là, a fond. On va faire au mieux, rien de sur.

  9. B.

    Nancy ? Non non c’est en discussion avec une association locale qui orchestre l’organisation. On espère pouvoir annoncer une date dans les jours qui viennent. J’ajoute que Taipan sera peut être de la partie, si toutefois ca se concrétise.

  10. boobto

    rimeshot ?

  11. admin

    Exact. Je viens d’avoir une longue conversation avec le fondateur Mao, on va temporiser et faire un beau plateau à la rentrée plutot que de faire ca a l’arrache en juin, probablement. Ca va être bien. Please believe it.

  12. Nemo

    ah ben ca c’est une bonne nouvelle… parce que du coup j’serai dans le coin !
    j’peux peut-etre aider d’ailleurs…

    tiens moi au jus des que t’en sais plus laurent !

  13. AlienSKP

    +1 sur la saoule d’avoir a revenir pour lire la suite !!!

    tu vas nous faire un “previously on lzorecords” au debut du prochain episode ??

  14. admin

    Elle arrive ! Désolé un évenement surprise est venu se greffer sur la retranscription. Je sais la vie est dure parfois.

  15. ABfiCionaDos Regulier

    DJ SEK ! interview !!!
    JETAIS DONC VENU POUR… enfin ce que tu appeles “LA SUITE” et qui se trouvera dans la seconde partie de l’itw
    DONC JATTENDRAIS LA SUITE !!

  16. Lartizan

    Ah tiens salut ça faisait un bail : )
    La suite dispo ici pour le moment > http://www.lzorecords.com/2009/05/interview-de-dj-sek-23/

Et vous, vous en pensez quoi ?