Interview de DJ Sek (3/3)

Retrouvez Kessey sur son blog.
On retrouve ton nom via JL, vers 2003.
Fin 2001, début 2002 même.
Et on entend en même temps parler de Mic Pro, c’est quoi exactement ?
C’est une association, devenue depuis un collectif. On a monté ça avec JL, Jacob, Brisco et moi-même, en 2001. En 1998, j’ai rencontré JL au métro Châtelet, à une correspondance, il avait une cassette sur lui, il est venu me voir : “je kiffe bien ce que tu as fait sur Oxmo, je voudrais que tu fasses des instrus pour moi, je suis en train de préparer un maxi qui va sortir chez Arsenal”. Mais manque de pot, quelques mois plus tard Arsenal dépose le bilan. A partir de ces moments-là, comme on commençait à se fréquenter régulièrement, on monte cette association pour sortir le premier maxi vynil de JL “labellé” Mic Pro.
Pourquoi JL n’a pas intégré Time Bomb directement, mais une autre structure créée en parallèle, il faut repartir à zéro du coup ?
Avec Mars on recevait pas mal de démos, et JL avant de me donner cette cassette nous en avait déjà envoyé une apparement. Là j’en ai parlé à Mars, il n’avait pas souvenir de cette cassette, et comme on était à fond sur Oxmo et refroidis par le “délire” Time Bomb, on a préféré ne pas l’intégrer, on s’est dit : “on verra plus tard”. Quant à JL, ce n’était pas spécialement sa volonté.
Et toi à titre personnel, malgré le fait que ça ne se faisait pas avec Time Bomb, t’as kiffé au point de t’investir autant, parce que j’ai l’impression que tu le portes depuis le début non ?
C’est ça… Et c’est devenu un ami, comme Jacob et Brisco, qui ne font désormais plus partie de l’équipe… Puis il y a eu deux nouvelles recrues, Vulkain a.k.a V.U.L-Kappa et Ruddy Lapoz. Mais ça ne s’arrête pas là, si tu veux être Mic Pro, tu peux être Mic Pro, tu vois, et c’est pour ça qu’on a préféré utiliser le terme “collectif” que label, on est bien ensemble, juste le fait de parler de contrat comme ça se fait dans un label ça nous prend déjà la tête, quoi.
Donc le principe c’est justement d’éviter tout ça ?
Voilà. JL, je le développe en tant qu’artiste, sans contrat, pas d’exclusivité, personne ne me l’interdit, on en est conscient, donc on le fait, c’est normal.
Son EP il sort dans quelles conditions ?
Il sort en autoprod’ chez Mic Pro grâce à Kob-ja qui trouve une distrib’ chez 2good, parce qu’il y avait mon nom dans le projet. Et puis JL il a son petit buzz sur Paris, il connait un peu de monde comme les Triptik ou Rocé, un pote de longue date. JL a fait la première partie de Group Home, grâce à BigRom qui est aussi membre de Mic Pro. Il aurait pu choisir de travailler avec Lumumba -beatmaker de la Cliqua- mais il a préféré rester avec moi, parce qu’il y avait une bonne connexion.
Vous aviez développé une bonne identité sonore sur ce EP, un son bien américain mais bien à toi quand même, c’était vraiment sympa, la sortie avait été assez confidentielle j’imagine ?
Bah ouais, quand t’es distribué par un indé, à l’époque tu es face aux grosses sorties, le Rap était inondé par les Majors. C’était assez confidentiel mais on s’est bien marré à le faire, dans ce EP on a regroupait les 2 premiers maxis ainsi qu’un remix, etc. Maintenant grâce à internet, tu peux te faire un nom, buzzer ton artiste.
Ce EP c’est en 2004, là on est en 2009, on a pas beaucoup entendu parler de JL depuis, il y a des trucs en cours ?
On est toujours activistes, au sein de Mic Pro, par contre ce qui est difficile c’est le marché, ce qu’on a dans la tête… Est-ce que les gens pourront…
Keenan intervient : il s’est aussi concentré sur des trucs plus personnels.
Sek: … Est-ce qu’on pourra plaire artistiquement ? En 2006, il y a Gwillerm de justlikehiphop qui nous a contacté et qui veut sortir un projet avec JL, On se dit mortel, on s’arrête sur un EP de 5 nouveaux titres, on collabore avec justlike et Jérome de Label rouge.
Qui d’ailleurs s’occupe maintenant de la VPC de justlikehiphop je crois. Il est sorti ce EP ?
Non. On a perdu trop de temps : Just like voulait au début un 2 titres, puis un 3 titres, puis un 5 titres, les mois passent, les contrats tardent, la pression monte, le mastering est sans cesse repoussé, et à un moment ça se termine. Gwillerm m’envoie un mail, en me disant qu’il pouvait plus nous suivre, imagine un peu nos réactions… Il ne nous précise pas qu’il a des problèmes pour tenir sa boite, on ne l’apprendra que plus tard. Donc on se dit “OK”, on se dégage de tout contrat, et on roule comme on a l’habitude de rouler. Donc là grâce à internet on va sortir plein de projets dont ce fameux 5 titres, en numérique pour l’instant , courant Juillet 2009, et si il y a une accroche, pourquoi pas en skeud.
La compile “L’homme que l’on nomme DJ Sek”, tu la sors directement en CD parce qu’il y a dessus des noms qui ont beaucoup tourné ?
Keenan : Non on l’aurait fait en CD quand même, je lui ai pris la tête pour ça.
Time Bomb, Mic Pro, L’or noir, ça fait beaucoup de noms qui tournent autour de toi, c’est quoi “L’or noir” ?
Ça fait plus d’un an que ça existe, le boss c’est Keenan, le CEO. Il a sorti deux trois projets cette année et l’année dernière, un Best Of de Fabe, un des Nubians, et bientôt un de Sëar lui-même. En 2008 on se croisait régulièrement, car on a des amis en commun, et il me parle un jour d’un projet qu’il souhaiterait faire, sortir une mixtape sur l’époque et les productions de Time Bomb, il sent que 2009 marquera le retour de la grande histoire du Rap français, l’Age d’or, comme beaucoup le disent.
C’est ce que j’allais te demander plus tard. Est-ce que tu penses qu’il y a des cycles en musique et que l’on va revenir à un cycle plus proche l’époque Time Bomb, où des vrais mecs peuvent surgir sur des grosses prods ?
Il y a un retour sur la grande histoire du Rap, là. NTM se reforme, La Cliqua se reforme même si ce n’est que pour une “tournée”, donc voilà, même les jeunes, ils connaissent. Keenan a eu la bonne idée d’insister pour sortir ce projet maintenant.
Donc l’Or Noir est un label et toi tu participes, mais t’es pas impliqué dedans à part en tant qu’artiste ?
Non, c’est plus une association de potes, et le CD une co-prod.
DJ Mars a sorti aussi son album, quel a été l’accueil, et qu’en avez-vous retenu ?
Son premier album est sorti en 2000, moi je travaillais à Delabel en tant que D.A, je n’y ai pas vraiment participé… Son projet a été bien acceuilli, son tracklisting était impressionnant, il a réuni des gros noms du Rap français aussi bien Parisiens que Marseillais… C’est cool.
Il a fait deux albums non Mars ? Je suis un peu perdu…
Oui, le second c’était en 2007 : “Le bal des seigneurs”. Il m’a dit que son premier album, sorti en 2000, avait bien vendu par rapport à ce qu’il attendait, mais qu’il aurait pu faire plus. Il a du dépasser les 20 000, avec une distribution par Emi.
Est-ce qu’il n’y avait pas un peu un déficit de mecs avec un énorme buzz par rapport aux premiers vinyles ? Finalement ce que vous avez vécu et qui reste Time Bomb dans la tête des gens, c’est pas un peu à double tranchant, une bénédiction d’un côté, et maintenant difficile à vivre ?
Keenan : C’est plutôt pour les artistes que c’est difficile !
Sek : Non non, à partir de 2000, il y a des projets qui fleurissent de partout, t’as plein de rappeurs. Les meilleurs on les a connu a l’âge d’or, et c’est vrai que ça a été dur pour Mars de trouver des tueurs, mais son but c’était pas en priorité de révéler des rappeurs, c’était de sortir son album, de se faire plaisir avant tout, il avait envie de sortir ce projet comme moi aujourd’hui, mais j’avais pas le temps. Son premier album il a été bien conçu parce qu’il était motivé, il fallait qu’il revienne, qu’il fasse entendre parler de lui, qu’il dise : “OK, c’est DJ Mars, voilà à quoi ressemble mon album”, et il y avait aussi un pur tracklisting dessus quand même.
Tu bosses actuellement avec Sëar lui-même, JL, est-ce qu’il y a des gens dans ce que tu entends avec qui tu aurais envie de taffer également ?
Déjà il y a JL, on prépare son album, on en est à la moitié. Le collectif Mic Pro va sortir d’ici un mois, un mois et demi, tout en numérique donc. Sëar lui-même a un EP en cours aussi et d’autres artistes suivront, je pense.
Il y aura son titre inédit qu’on retrouve sur ta tape, dessus ?
Bah ouais, je pense.
Keenan : Oui je pense aussi. Sëar et Sek, c’est plus qu’un kif’, c’est une rencontre entre eux… C’est ça, non ?
Sek : Oui voilà c’est ça. Sëar je le connais depuis son premier groupe 1 Barrio 5 S’pry. Keenan était venu me voir à Delabel, j’avais apprécié le maxi mais pas donné suite car mon cerveau était occupé chez Virgin. Même si tu adores ce boulot là, t’as la pression, et c’est pour ça aussi que j’ai pas pu servir Mars en instrus pour son premier album.
Tu avais arrêté ton activité de beatmaker, pendant ce temps ?
Non je continuais, justement. Ce qui est bizarre, et tant mieux pour moi, c’est que quand j’étais chez Delabel, pas mal d’artistes de Rap fréquentaient les maisons de disques, donc ils venaient me voir, comme ils appréciaient Oxmo, ils me demandaient des instrus.Il y a eu Diam’s, avec qui ça ne s’est pas concrétisé. Mais aussi Dany Dan, Futuristic, Mystik, Arsenik, Ritmo de la Noche, Prodige Namor, les Nubians, Freeman, etc. Il y en a eu pas mal, j’avoue.
En 15 ans, de quelle manière ta méthode de travail de beatmaker a-t-elle évolué ?
Elle s’est juste numérisée via Protools et Logic, je mixe sur ces deux logiciels (sur Mac), mais sinon la base c’est toujours la même, MPC 3000, quelques expandeurs: Minimoog, Triton, Novation Bass-station, les vinyles, et mes MK2.
Au delà du matos est-ce que ta manière de faire de la musique a évolué, est-ce que tu deviens plus pointu par exemple ?
Ouais, je deviens plus exigent, plus pointu. Sur la tournure d’un sample par exemple, le découpage, le calage d’un sample sur une rythmique.
Toujours samples à fond alors ?
Oui et toujours de l’additionnel un peu par dessus, pour donner une patte…
Tu mixes toi-même désormais ?
Ouais ouais.
Tu es satisfait de ce que tu arrives à faire à ce niveau ?
Oui oui, on ne s’en plaint pas, donc je pense que oui.
Keenan : Ce qui est mortel avec Sek, contrairement à des gens qui ont fait l’histoire, c’est que ce n’est pas un mec qui est resté sur le passé, “Le Rap c’était mieux avant” pour lui, non. Quand on lui demande des playlists, le mec est dans l’actualité, il est même plus ouvert qu’on pourrait le penser, c’est un puriste mais pas un “intégriste”, c’est un vrai amoureux de la musique. Je vois souvent des mecs qui sont des “intégristes”, et à force ils ne vont plus être ouverts. Il va y avoir un truc Dirty South qui va être bien, il va le reconnaitre : “Ah ouais, c’est bien, ça !”. Depuis que je le suis dans les interviews, je découvre toujours des trucs, je lui dis “mais pourquoi tu m’as pas dit ça avant ?”.
C’est quoi votre relation d’ailleurs ? Tu le manages ?
Ensemble : Non non, on est juste des potes, c’est une co-prod pour le CD là, c’est tout.
Keenan : C’est une bonne collaboration, sur certains trucs il me laisse carte blanche, c’est pas “le mec qui a fait Time Bomb”, il a assez de recul pour parfois dire “Ah ouais ? Bon, OK !”.
Ça t’as pas tant changé que ça toutes ces années et expériences en fait ?
Sek : Bah non c’est une suite logique. Quand j’écoutais Radio 7 je ne me suis jamais dit que j’allais devenir un mec connu qui ferait des disques, mon truc c’était plutôt : “Si je pouvais en faire un métier, je kifferais”. Gagner un peu d’argent, le partager avec ma petite famille, et voilà.
Aujourd’hui c’est encore le cas ?
Ouais ouais. Moi je m’en plains pas, je suis heureux, quoi.
Tu restes connecté avec la musique, quoi.
Pas que ça… J’aime bien passer du temps au cinéma, la lecture, le graffiti… Moi je suis interessé par tout, juste en sortant, en regardant, écoutant, ça me donne de l’énergie et de l’inspiration. Moi je suis pas “9 to 5″ dans un studio à dire que je ne fais que ça et à n’écouter personne d’autre, ou les pieds en éventail devant la télé à me dire “ma vie elle s’arrête à ça”, non. Je m’occupe de ma fille, je rencontre plein de gens, j’ai des bons potes, je m’amuse quoi. Il n’y a pas que la musique, j’ai un bon univers et je ne m’en plains pas.
Est-ce que tu as un beat favori dans ce que tu as fait, ou devenu favori grâce aux rappeurs qui ont posé dessus ?
Il y en a plein, mais si je devais en sortir un, je dirais “Pendez-les”, qui était un OVNI pour moi. Je me suis dit : “Les mecs sont un peu décalés, je vais pas faire comme pour Lunatic ou autre, un truc à la Mobb Deep”. Les X ils écoutaient de tout, West Coast, New York, Atlanta… Un jour je me suis amusé à faire une programmation comme ça, j’ai écouté le premier album de Mic Geronimo sur un beat de Beatminerz, j’ai refait la prog’, il fallait que je retrouve la caisse claire, donc j’ai été cherché dans mes Breakbeats, et après j’ai été inspiré par le second album de …
Keenan : Hey mais c’est des perles que tu lui donnes, là !
Sek : Ah ouais c’est de l’inédit ça ! Le second Das EFX où il y avait Easy Mo Bee, qui en plus d’avoir fait un bon taf sur “Ready to die” d’Oxm… euh pardon, de Biggie - ça c’est parce que Delabel disaient tout le temps que c’était le french Biggie. Donc il a déchiré dessus, je me suis inspiré juste d’une programmation de charley, et j’en ai sorti “Pendez-les” avec une basse d’une note, pas forcement bien pitchée, et des ambiances derrière. J’ai essayé de créer un truc plus décalé, qui n’était pas forcement approuvé par le reste de l’équipe à l’époque.
Maintenant encore dans le Rap français, les sons c’est beaucoup des mélodies propres, etc. Là c’est plus tribal.
Voilà, c’est quasi-tribal. Il y a un mec sur Facebook qui m’a demandé si j’avais samplé une BO. Non, j’ai samplé dans le Jazz-Fusion… Et j’ai trafiqué le truc.
Et à l’opposé, un beat qui aurait mal vieilli, ou même que tu as regretté d’avoir publié après sa sortie…
Franchement non. Je suis plutôt content des instrus que j’ai faites.
Qu’est-ce que c’est, ClassiqHall ?
C’est le projet de Ruddy Lapoz, rappeur et membre de Mic Pro, aussi réalisateur de clip et de court métrage. Il s’est aperçu qu’il y avait plein de sites qui parlent du Hip-Hop, mais pas dans le bons sens, pas ce qu’il avait en tête comme définition en tout cas. Donc du coup, il a créé ClassiqHall, il développe un truc, pas forcément puriste -car il est très ouvert-, mais il a pris une certaine voie qui plaît à plein de gens.
Un certain niveau d’exigence. Et toi là-dedans, quelle est ton implication ?
Ben, je lui fait des instrus… Je le soutiens à 100%… C’est une histoire de famille, Dj Mars est plus impliqué dans le développement, c’est mon deuxième moi, c’est lui qui m’y représente.
Quels sont les inédits présents sur le CD que tu sors actuellement ? J’ai vu sur ton blog que tu avais reçu les CDs d’ailleurs.
Ah ouais, mon blog ! J’y parle pas que de musique, c’est aussi Skew qui me donne des idées de contenu. Bon, je ne me rapelle plus trop… Il y a qui en inédit déjà ?
Keenan : Sëar, JL, Ill G, Lunatic, Jedi, Oxmo…
On a entendu à la séance d’écoute un couplet de Booba que certains connaissaient déjà.
Sek : Bah tu sais les rappeurs, ils ont plein de textes ! Celui-là, il l’avait balancé à l’époque de Générations FM, mais la version originale c’était en studio chez nous, et c’était prévu pour l’album Time Bomb en mixtape dont je t’ai parlé… Donc aussi bien chez X-Men, Oxmo ou Lunatic, tu entendras quelques phrases dejà sorties.
Est-ce qu’il y a des mecs qui t’interpellent en Rap en France en ce moment ?
Sëar lui-même !
Non mais en dehors de ceux présents sur le CD ahah !
Ouais un peu, en promo radio par exemple je diffuse pas mal Sefyu, il y a un truc profond chez lui, c’est un bon rappeur. Moi j’aime bien dejà quand ton flow est original, qu’il est a toi, même si lui au début on l’a forcément comparé à Booba, même moi. J’aime bien aussi Mc Tyer, même si je l’aimerais mieux sur des instrus plus traditionnelles, et puis des plus anciens avec qui j’aimerais bosser : Fdy, qui fait partie de mon top 5 rimeurs, j’aurais pu mettre un titre de lui sur ce disque mais bon, il faut garder un peu d’inédits !
T’en as encore beaucoup ?
Oh oui… C’est le début d’une série ce disque… Sinon Arsenik. Lino, je le trouve toujours aussi bon, moi j’aime bien les mecs qui ont du flow, une énergie, des thèmes…
Tu connais Despo Rutti ?
Non
Keenan : C’est intéressant ce qu’il fait, oui. J’ai pas accroché au début, mais après une fois rentré dedans c’est de très haut niveau. C’est dur d’accès.
Sek : Rocé sinon, j’adore Rocé, parce qu’il est ailleurs, c’est un bon gars. Il y en a plein, des mecs qui kickent bien. Il faut leur faire honneur, leur filer les bons instrus, moi je trouve ça malheureux…
En même temps on sait pas toujours qui choisit !
Keenan : Je te parlais d’un mec super ouvert : quand on a fait la première radio promo, il a ramené Sefyu et parlé de Mc Tyer, “93 tu peux pas test”, un instru dirty justement.
DJ Sek : A l’opposé de ce que je fais d’ailleurs.
Keenan : Le mec il est ouvert dans son truc je te dis. La première fois que j’ai sélectionné des instrus avec lui je lui ai dit “Arrête, j’ai mal à la tête !”.
Tu as monté un blog, ça fait longtemps qu’il existe ?
Depuis février.
Par rapport à la sortie ?
Oui, on m’a conseillé de faire ça. Je me livre aux internautes par ce média.
C’est plus large que la sortie, il va continuer après ?
Oui je vais délirer, je vais faire partager des mixes hebdomadaires, proposer ma playlist. Sur mon blog je fais partager mes délires, des photos, des rencontres…
Un carnet de bord de ta vie artistique quoi…
Oui. Je parlerais aussi de cinéma par exemple. Pour la musique il y a aussi le Facebook Mic Pro et le mien, des fanpages, tout est relié, le lien il se fait entre l’Or Noir, Time Bomb et DJ Mars aussi.
Pour revenir sur Time bomb justement, en 2009 ça représente qui ?
Mars et Moi. Mars s’occupe de Boomer actuellement, aujourd’hui c’est recentré, on reprend du poil de la bête et on se concentre pour qu’on entende réellement parler de nous en 2010. Cette année on ouvre les hostilités, et en 2010 on va casser la baraque, comme dirait Ill.
Face à la nouvelle donne dans la musique, tu es dans la posture des gens qui sont optimistes et se disent que c’est une putain d’époque de pionniers, ou au contraire qu’on ne peut plus rien faire, qu’il n’y a plus de projets sérieux à réellement développer ?
Tu as employé le terme “cyclique” en parlant des styles de Rap, c’est ça pour moi, c’est lié, on ne peut pas dire qu’on ne verra plus de projets mortels, il y a plein de trucs qui se font, des sites par exemple.
Beaucoup se développent rapidement, mais vont aussi mourir très vite.
En même temps, faut toujours avoir de l’espoir : je rencontre plein de gens que je ne connais pas, avec la sortie du disque, et qui me disent : “On kiffe ce que tu fais ! Parce que le rap aujourd’hui…”. Je leur répond : “Non mais il faut laisser la chance à tout le monde, il faut goûter, écouter, tu ne peux pas détester un truc que tu n’as même pas écouté.”
Mais en tant que mec qui a vécu autant de choses dans diverses structures, est-ce que tu ne penses pas que c’est vain quelque part tout ça ?
Je ne sais pas si je vais être hors-sujet, mais je répondrais qu’il faut y croire. Après, c’est déséquilibré tout ça, à un détail près, la crise du disque physique qui touche tout le monde.
Pour toi cette crise, c’est juste un aléa de l’histoire de la musique ?
Oui et ça ne date pas de 2 ans, comme je te disais. Dès fin 2001 / 2002, chez Delabel ils commençaient à flipper, il y avait déjà une crise du disque. Mais maintenant tu peux aussi te distribuer online, faire et tourner tes clips plus facilement, avec quasiment zéro budget, il y a même des labels online, tu télécharges tes albums online…
Plutôt positif comme constat, alors.
Avec une retenue : ce qui met un bémol ce sont les droits d’auteur. Je ne sais pas où en est la SACEM mais ils devraient s’y pencher. Il y a un état des lieux à faire sur les droits d’auteur, une remise en question à avoir à cause du téléchargement. C”est sûr que ça, ça me parle aussi. Je suis dégouté, parce que je pourrais continuer à bien vivre si mes prods avaient été déclarées normalement.
En parallèle à ça, en tant qu’auditeur, est-ce que tu achètes autant de disque qu’avant ? Est-ce que tu ne télécharges pas beaucoup ?
Honnêtement je télécharge très très peu, j’écoute beaucoup de radio, surtout depuis que je reviens avec des projets, depuis 2006 (j’en ai plein qui sont mis en attente, comme un projet d’album solo avec des invités tels que Keziah Jones, des rappeurs et chanteurs, des beatmakers etc, mais ça se sera quand je serais revenu, là pour le moment c’est juste une carte de visite…), et je continue à acheter plein de disques, notamment à mon spot préféré chez Gibert Joseph à St Michel, avec mon pote Dorian responsable du rayon Rap-Funk, celui qui m’a initié au S950 (NDR : sampler mythique) à l’époque. Déjà c’est moins cher, c’est de l’import -moi qui suis très méticuleux dans mes achats-, et il me tient au jus tout le temps, il me fait écouter des petites promo’ en avant-première…
Bon, pour finir, je vais diffuser ça sur mon blog / site, qui est aussi celui d’un label indé comme tu le sais. Qu’est-ce que tu conseillerais à ce genre de label de faire ou au contraire d’éviter en 2009 ?
Je vous conseillerais de continuer, parce que ça sent bon, quand j’ai été voir sur votre site LZO records, franchement j’ai été étonné : il y a beaucoup d’informations -bon là c’est ciblé sur la sortie du moment-, je trouve que ce genre d’initiatives sont à faire partager, et même si il y a une large diffusion, le fait que ce soit sur internet uniquement, les gens ne s’en rendent pas forcément compte. Moi quand j’ai monté mon blog, j’ai mis un compteur public direct. Et puis il faut continuer, ça deviendra gros sur la durée.
Keenan : ce que j’aime bien sur votre site c’est que c’est structuré, on sent que vous êtes organisés.
Ou qu’on en donne bien l’illusion ahah.
Sek : Pourquoi j’ai monté mon blog ? J’ai été influencé par les vôtres, voilà, il faut le faire. Il n’y a pas de thunes ? Pas grave, il faut continuer, il faut chercher…
Keenan : Moi ce que je me rappelle c’est tes trucs cainris l C’était très fort les remixes… Et j’aime le côté débrouille, j’ai repéré Pepita, je l’ai mis dans mes favoris, après je ne sais pas les retours que ça a , mais bon, j’aime bien votre sens de la débrouille.
Sek : Voilà, c’est ça qui m’insipre moi aussi, de voir qu’il y a encore des activistes… Ça me donne de l’énergie, on se dit : ‘”Non, on peut pas arrêter”.
Pourtant des mecs de ta génération qui avaient un nom du même niveau à l’époque, il y en a énormement qui ont arrêté !
Parce qu’ils ont été déçus par le milieu, ce qui est compréhensible, et puis ils ont une famille, des enfants…
Bah… Toi aussi apparement, non ?
Oui… Mais moi j’ai toujours considéré ça comme mon métier, comme je te l’ai dit. Eux ils ont été courageux de passer à autre chose, de tourner la page. Moi aussi peut-être que j’ai été courageux de continuer, je ne sais pas…
Propos recueillis par Lartizan le 4 Mai 2009.





Mehdi
Thanks Lartizan pour cette belle interview. Et je trouve la phrase de fin de DJ Sek violente.
On va attendre les prochains projets avec impatience alors
SOMNO
Que du bon.
Un vrai gars.
B.
En live le 30 juin a la Scene Bastille avec sa clique..