Zoom sur My dog is gay, producteur
Avec “Minuit pile” et “Case départ”, Lionel Pierres -dit “My dog is gay” et ex moitié du duo Abstrackt Keal Agram- ouvre et ferme de ses instrumentaux l’album d’Iris & Arm “Les courants forts”. Rencontre :
Hello Lionel, peux-tu nous dire comment tu t’es retrouvé sur l’album d’Iris et Arm ?
Avec mon ancien groupe Abstrackt Keal Agram, nous avions déjà collaboré avec Arm à deux reprises sur notre troisième album Bad Thriller et sur un titre de l’album de Psykick Lyrikah (”Des lumières la pluie”, en 2004), “Le dernier chapitre”.
Quel a été le modus operandi de cette collaboration ?
Arm m’avait fait écouter des titres qu’il avait écrits avec Iris et j’avais bien apprécié. J’avais quelques prods dont je ne savais pas trop quoi faire. Et ces deux-ci me paraissaient adaptées pour du rap.
De quand datent les deux compositions qui sont devenues “Minuit pile” et “Case départ” ?
Et bien ça fait si longtemps que je ne me rappelle pas exactement. Vers 2005.
De quelle manière composes-tu ce genre d’instrus, et avec quel matériel ?
Ces deux sons ont été entièrement composés sur une MPC 2000 XL. Donc ils s’agissait de micro-samples que j’utilisais comme une banque de sons. Je n’incorporais que très rarement des loops. Pour le reste j’essayais la plupart du temps d’y apporter une patte plus organique en jouant des guitares et des basses.
Tu es un des deux cerveaux du groupe culte et défunt Abstrackt Keal Agram, peux-tu retracer un peu son parcours et nous expliquer pourquoi c’est fini ?
Nous avons commencé le groupe en 2000 un peu au hasard avec Tepr. Nous jouions à l’époque dans deux groupes de Rock différents et étions très attirés par les samplers, boites à rythme etc. Du coup nous avons créé le groupe à l’origine pour un concert one shot, et puis on s’est pris au jeu, et de fil en aiguille nous avons trouvé un label, puis sorti un album très rapidement, en 2001. Le gros déclencheur a été les Transmusicales, puis nous avons sorti deux autres albums sur le label parisien Gooom, tourné beaucoup en France et un peu à l’étranger jusqu’en 2006. Cette année-là nous projetions de créer une formation live plus conséquente, c’est pourquoi nous avons fait appel à un batteur et un clavier. Mais notre son a radicalement changé, et je me suis remis à chanter (ce que je faisais dans mon groupe de rock avant AKA). Au bout d’un temps on s’est rendu compte que la nouvelle direction n’avait plus beaucoup de cohérence avec AKA, Tanguy (Tepr) a quitté le groupe et nous avons continué tous les trois avec Pierre et Hervé pour créer Fortune.
Aujourd’hui, on te retrouve en lead-singer de ce groupe, c’est un peu un retour aux sources, pour toi qui a commencé la musique dans des groupes de Rock. Qu’est ce qui a motivé ce revirement ?
Avant tout c’est l’envie de chanter. Aussi je me sentais capable d’écrire des pop songs. Avec AKA on avait une approche plus expérimentale de la musique que dans Fortune, expérimentale dans le sens où nous composions à 50/50 des instrumentaux sans se poser la question du format, le morceau pouvait durer 3 ou 6 minutes, cela nous importait peu, nous voulions avant tout créer des atmosphères, des ambiances (souvent assez dark). Je m’en suis rendu compte après coup, mais nos morceaux étaient comme scénarisés, il y avait inconsciemment une sorte de dramaturgie dans leur évolution. Avec Fortune le propos est tout autre, nous voulons vraiment être le plus concis possible, que ce soit dans les structures ou les sons utilisés, il y a l’envie d’aller à l’essentiel sans détour, respecter les formats couplet-refrain-pont.
Avec Fortune, niveau son, tu sembles trancher dans le vif pour revenir à son son rock entre pop et punk plus traditionnel, d’où vient cette envie ? Faire “fortune” ? Forcer la chance ? aller à l’essentiel ?
Le nom Fortune, c’est un peu une boutade à la base. Quand on a créé le groupe en 2007 c’était un peu le début de la fin de l’industrie du disque. Arriver avec un nom aussi show off c’était de l’ironie pure. C’est une petite provocation, car nous ne sommes absolument pas show off justement. Et puis la polysémie du nom nous parle beaucoup, elle renvoie à notre manière de composer.
Est-ce que tu continues / continueras à produire de l’Electro et du Hip Hop en parallèle ?
Non, pas vraiment, nous essayons avant tout de créer notre propre idiome musical, et forts de nos backgrounds respectifs nous les incorporons dans nos morceaux, encore une fois à l’époque d’AKA , notre volonté était de mélanger des genres musicaux qui (à l’époque du moins) semblaient antinomiques (le R’n'B moderne avec du Rock noise par exemple), on pouvait dans la même phrase faire référence à Beyoncé et à Autechre. Avec Fortune on aimerait ne plus avoir à citer nos références tellement elles sont vastes.
Quelle est l’actu de ce groupe ? Quel(s) morceau(x) conseillerais-tu d’écouter en priorité pour le découvrir ?
Nous sommes au début d’une grosse tournée en France et aussi à l’étranger notamment en Angleterre où nous jouons beaucoup. Pour découvrir Fortune je dirais “Under the Sun”, et pour les fans hardcore de AKA je dirais “Poison” ou “Highway”.
Dans toute ta musique on entend autant de guitares noise que d’Electro, de synthés que de breakbeats Hip Hop, du Punk aussi. Quels sont les groupes qui t’ont amené vers ce son hybride ?
Ça va du groupe new-yorkais A Certain Ratio à Aphex Twin en passant par Outkast. Et puis j’ai une grosse admiration pour Michael Jackson et plus particulièrement la section rythmique de “Off The Wall”.
Pour finir, si tu ne devais citer qu’un seul album, en terme de production, qui t’a influencé ou que tu considères parfait ?
Daft Punk “Homework”.






