Chronique de Maow Airlines EP dans International Hip Hop

Il n’y a souvent rien de pire qu’un album qu’on attend pendant trop longtemps. Quand on ressort le dossier de Soklak (on fiche tout le monde chez IHH, c’est comme ça), on s’aperçoit que ça fait 5 longues années qu’on a plus rien entendu de neuf (si ce n’est avec Taipan). Il a fallu que Lartizan, cheville ouvrière du label LZO, nous remette un disque en main propre après une partie de flipper pour qu’on y croit : un CD tout frais. Pas un album, certes, mais un gros EP 7 titres qui d’un seul coup écorne notre infaillible théorie (cf Dr Dre, The Game…) qui veut que l’attente soit souvent indice d’insipration en berne. La 1ère écoute suffit à confirmer qu’on a là une exception qui confirme la règle. Parfaitement rendu par le clip de “Cabron”, l’état d’esprit du MC/graffiti artiste parisien est au beau fixe et transpire sur la direction artistique de l’ensemble. Terriblement bien produit par un Lartizan (hormis “A part ça”, signé TNT) champion de l’échantillon qui claque, les morceaux vous attrapent par le collet instantanément. A mille lieux du Rap formaté à destination des lobotomisés, le flow insolent de Soklak délivre avec une décontraction magnétique des textes impressionnants de pertinence. “Cabron” donne la température, élevée, de l’ensemble avec une collection de punchlines corrosives, tantôt egotrip, tantôt politiques. Expert du storytelling, le MC de Montreuil déploie un moyen-métrage truculent le temps des 6′45” de “Gauloise”. La gouaille typiquement parisienne à l’ancienne fonctionne ici à plein. Autre pièce de choix, “La malle” est un de ces morceaux politiques qui font la force et la fierté du Hip Hop en France. Soklak vit bien dans le même monde pourri en voie de décomposition accélérée que nous, pourri par une classe politique ultra-capitaliste (UMP, PS, Verts et FN) pour qui le peuple n’est pas aussi précieux que leurs amis actionnaires. Pour autant, pas de stature de victime, plutôt de résistant qui lutte en remontant le moral des troupes comme l’attestent “A part ça” et “Trankilamente”, qui closent le EP. L’apport ponctuel des scratchs de Demolisha comme des nappes de guitares, de lignes de basses et de claviers, confère une ampleur supplémentaire à ce précieux disque. Vivement le prochain !
Par Yann Cherruault, numéro d’Aout-Septembre 2011.




