Label est la bête

Il faut se résoudre à l’évidence : ça fait beaucoup trop de têtes à la fois, elles repoussent beaucoup trop vite, et l’épée est bien trop petite et fragile pour faire le boulot jusqu’au bout. Avec toutes les conséquences négatives que ça peut engendrer : dispersion, manque de régularité, prostration dans des postures contre-productives, incompréhension et malentendus. Chaque domaine abordé est un univers à lui tout seul, et mériterait des personnes qui s’y consacrent pleinement : création et réalisation, relationnel avec les artistes, avec le public, lives, promo web, relations médias, distribution, administratif et juridique, financier… chaque domaine attaque sans se soucier des autres, deux, trois à la fois, des fois plus…
Hélas, on le sait depuis longtemps, on l’a vu et revu, le monde de la musique est à deux vitesses, que l’on peut distinguer grosso merdo de la sorte : celle de la créativité comme moteur, faite d’amateurs et de « presque professionnels », qui va comme elle peut selon les dispos et humeurs de chacun, et ne leur apporte « que » la gratification d’avoir participé à l’aventure pour l’équipe du label, ou de confronter leur musique au public pour les artistes; et celle où la rentabilité sert de carotte, permet de payer les gens, donc d’exiger, de poser des conditions, des délais, et d’avoir les outils adéquats à un développement optimum des artistes dont le label s’occupe. La créativité devient alors un petit animal en danger, qui peut selon les cas périr dans la minute ou être protégé avec le plus grand soin.
Vous l’aurez deviné sans moi, LZO est dans la première catégorie. Projets repoussés, participants dispos en plus de leur vie professionnelle, absence de moyens (en gros, on rembourse un projet avec difficulté, et on remet les sous dans le suivant, jusqu’ici, pour résumer), et surtout des artistes laissés à leurs envies, dont on n’attend pas grand chose de plus qu’ils s’épanouissent et finissent par produire une musique à la hauteur des espoirs placés en eux. C’est bien, c’est cool, ça plait aux gens, mais à un moment, ça devient forcément limitatif. On a vu d’autres labels au même profil s’enfermer dans une logique de stagnation, se satisfaire d’un rythme amateur qui laisse leurs artistes dans le semi anonymat, avec un son qui n’évolue pas, une routine artistique qui s’installe, des disques qui se répètent, finissent par ne plus surprendre ni enthousiasmer que par le nom de l’artiste qui les sort, puis perdre peu à peu de leur superbe, sortie après sortie, jusqu’à la fermeture.
Ce que je veux pour le label et les artistes qui sont dessus, ce n’est pas ça. Je veux que chaque sortie soit un nouveau challenge artistique, une nouvelle expérience, et surtout un pas franchi vers la qualité que l’on vise tous pour nos albums. Je vois encore chaque artiste du label comme un grand en devenir, capable au moins de laisser une trace marquante, à défaut de devenir sa propre marque comme on voudrait qu’ils le soient tous de nos jours, et tant mieux, c’est aussi pour ça qu’on travaille ensemble !
Bref, vous l’avez / l’aviez compris, depuis quelques temps, on aimerait changer de catégorie. Marre de l’à peu près, marre de devoir tirer dans tous les sens à la fois sans atteindre vraiment de cible, marre de sentir qu’on fait une partie du taf comme peu de gens, mais qu’on est incapables d’assumer les 50% restant proprement (axiome d’ASPEUM : « 90% du taf est fait, il reste les 50% les plus difficiles ») car trop petits, trop artistes dans l’âme, trop échaudés par les expériences du passé, trop dépités par la tournure qu’à pris l’industrie du disque. Marre que manque de moyens et précipitation riment avec amateurisme et approximation.
Pour ça, il n’y a pas une infinité de possibilités, on ne peut pas multiplier les guerriers, ni les épées même. Non, la seule chose que l’on puisse faire, vu que la bête est notre propre création finalement, c’est modifier son apparence, réduire les têtes, voire n’en garder qu’une, et se concentrer dessus jusqu’à ce que mort s’ensuive, ou que d’autres guerriers nous rejoignent, avec de meilleurs armes et armures.
Lartiz’ (publié initialement le 4 janvier 2010 sur le blog slimdaddyz)

















