Mon Top 20 Rap français - 15ème : La rumeur “Le coup monté” (1996)

“Matérialiste j’ai pas le choix, opportuniste tant mieux” (Ekoué)
Retrouvez les billets “top 20″ de Lartizan tout l’été, en parallèle au grand référendum organisé par ABCDRduson.com
Sorti la même année que le 16ème de ce top, “Le poison d’avril”, premier volet d’une trilogie et première trace discographique de La Rumeur, en est le parfait pendant. Sorti en totale indépendance, quand Gynéco est marketé en fanfare par Virgin, sans visuel autre qu’un sticker (le visuel ci-dessus est celui du CD, mais on y voit bien le vinyle en question), là où Bruno nous invite dans sa piaule et multiplie clips colorés et regards charmeurs, produit à la machette par des Kool M et Soul G débutants et munis d’un simple sampler alors que “1ère consultation” est luxuriant d’instruments et d’arrangements, sorti en petite série vinyle anonyme quand le CD du Doc envahissait les bacs et les pages de pub, lui drogué aux calembours et aux pirouettes ludiques, eux pas un sourire, juste la sentence.
“Le poison d’avril” n’en est pas moins aussi important dans l’histoire d’une musique qui se cherche une identité face au mastodonte US. Et vice-versa. Comment expliquer en 96 à une midinette “Salope à moi” que le Rap c’est aussi ça, comment expliquer à un Trotskiste en baggy jeans et fac de socio’ que Gyneco n’est pas l’antéchrist ? Peu importe, au final, 13 ans après on peut bien se contenter de se rappeler la variété de l’offre artistique d’une époque déjà lointaine. Et sa qualité, surtout.
“Le coup monté”, c’est le traditionnel posse cut du dernier track, celui qui ne va pas aller bien profond dans le propos, mais qu’on se repassera facilement. Premières apparitions des amis d’Ekoué, son brut et tribal, rimes sans fin qui chevauchent les mesures pour finir la phrase, formules choc, sample unique de voix qui suffit au propos (”shut the fuck up”), pas de refrain, bien entendu, non, juste une profession de foi sans illusions ni concessions ou faux-semblants, encore moins de bien-pensance. Et dès le tout début, le fric, l’égo, le dégout, l’absence de circonstances atténuantes pour la France et cette histoire sale comme celle de l’Homme, l’envie de casser pour faire payer, mais aussi de créer pour expliquer et pour exister, tout simplement.
Le + de La Rumeur : un vocabulaire ultra évolué, une richesse grammaticale exploitée à fond, phrase choc sur phrase choc, inutile de citer. Ekoué bas du front, Hamé universitaire convaincu et convainquant, le Paria et le Bavar expéditifs, puis “shut the fuck up”. Pas mal de petits passages durs à déchiffrer à l’écoute, aussi, j’ai toujours adoré ça, les passages troublants (quelqu’un connait “N’aimant que Manille et la scier pour des billets”, apologie des voyages exotiques et des gigolos ?).
Évidemment, “Blessé dans mon ego”, “De l’eau dans mon vitriol”, tout ca… OK, OK. Mais j’allais quand même pas consacrer une place a chaque membre du groupe, non ? Si ? L’idée, c’est surtout que “Le poison d’avril” a marqué un énorme coup, en vrai.
13 ans après, le Doc a explosé en vol, la Rumeur continue son ascension.
Ecouter en qualité pourrie sur Youtube
Par Lartizan
Plus d’infos sur Lartizan
* Tous les articles du blog sur Lartizan
*Le myspace de Lartizan
* Lartizan sur Facebook
*Lartizan sur Twitter







